Cri du corps

CHRONIQUE / L’insatisfaction de son image, ce mal du siècle. Au Québec, déjà à l’âge de 9 ans, 45 % de nos enfants se verraient insatisfaits et auraient tenté de perdre du poids. Alarmant ! Au-delà de ça, quand il y a plus, on fait quoi ? Quand on parle de maladie liée à l’image, qu’existe-t-il au Saguenay-Lac-Saint-Jean pour guérir cette souffrance ?

Depuis 15 ans, ce cri du corps, mais aussi du cœur, a interpellé Patsy Noël, cofondatrice et présidente du comité Enfaim. Ayant été victime elle-même d’un trouble de la conduite alimentaire, son but reste encore d’optimiser l’offre de soins inadaptés à son époque pour une clientèle adulte. 

« Hospitalisée en psychiatrie à travers ces personnes souffrant de schizophrénie, troubles anxieux, bipolarité, on m’a donné une chambre accompagnée d’une toilette, outil de prédilection pour l’anorexique, et on m’a dit de prendre du poids avec ce même menu que toute la tablée. La belle affaire ! »

Chose qu’elle a fait plus d’une fois pour retourner chez soi et reprendre de plus belle sa routine maladive.

Notre système de santé offre encore aujourd’hui un trou de service pour les individus atteints âgés de 18 ans et plus, selon elle. « La clinique multidisciplinaire de l’adolescence du CIUSSS du Saguenay-Lac-Saint-Jean soutient les jeunes victimes de troubles de la conduite alimentaire, mais qu’advient-il d’eux quand leur majorité a sonné ? » Peu d’aide, m’indique-t-elle.

L’organisme Enfaim, ayant pour mission le soutien, le support, la prévention, l’éducation et la lutte contre ces troubles, se voit un organisme sans but lucratif reprenant le flambeau auprès de cette clientèle adulte, mais aussi de ses proches. 

Un trouble qui se transforme

En cette semaine nationale de sensibilisation aux troubles alimentaires, Mme Noël cherche encore, après 15 ans, à promouvoir son comité qui ne cesse de s’adapter à de nouvelles problématiques. « Les troubles alimentaires évoluent constamment, suivent les modes, se transforment, se complexifient » explique-t-elle. 

De ce fait, la recrudescence de troubles de l’hyperphagie (perte de contrôle face à la nourriture), la bigorexie (culte du corps), l’anorexie athlétique (exercice compulsif), l’orthorexie (manger sainement à l’excès), l’alcoolorexie (manger moins pour boire plus), la mommyrexie (maigrir enceinte) et le pica (absorption d’objets non comestibles) en sont de bons exemples. 

Puisque le nombre de victimes canadiennes augmente, que les hospitalisations et que la comorbidité (anxiété, dépression, suicide) à son égard se voit en progression, l’organisme Enfaim se fait proactif, histoire de changer la donne. « Les gens doivent être au courant que ça existe, pour briser leurs fausses croyances et demander l’aide nécessaire afin de se soigner » indique-t-elle.

Rencontres et suivis individuels de première ligne, groupe de soutien, ateliers d’information et de sensibilisation, prévention, promotion de saines habitudes de vie et d’une image corporelle diversifiée, séances d’information, conférence ; en voilà des services offerts à tous et toutes, et ce, gratuitement. 

Du personnel qualifié

Patsy Noël, elle-même éducatrice spécialisée, ne manque pas de préciser la présence au sein de son équipe d’infirmières, d’une travailleuse sociale, d’une sexologue et tout récemment d’une nutritionniste. 

Puisqu’il y a des pistes d’intervention vers un traitement éventuel, celle-ci reste claire. « Briser l’isolement lié aux troubles de la conduite alimentaire est un grand pas vers une possible guérison. De cogner aux bonnes portes, d’aller chercher les ressources, mais aussi l’aide nécessaire est encore la meilleure façon de se prendre en charge. Pour cela, il y a le comité Enfaim. »