COVID-19, stress et le goût perdu du café

Valérie Gaudreau
Valérie Gaudreau
Rédactrice en chef
«Ça n’arrive pas qu’aux autres.» L’expression est usée. Un cliché. Mais elle est vraie. J’ai eu la COVID-19.

Et pourtant, en tant que rédactrice en chef du Soleil, impossible de plaider le manque d’information. Depuis mars, à pleines pages, on vous parle de symptômes, de dépistage, de courbes, de taux d’infection, de port du masque et, heureusement, de guérison.

Je porte le masque, respecte la distanciation physique, mon boulot au Soleil se fait à 100 % en télétravail depuis mars.

J’ai 43 ans, pas de maladies pulmonaires ni d’enfant à la garderie. Pas fait de folies, pas de partys ni de voyages. Pas de karaoké au bar. Et pourtant.

Ce dimanche 6 septembre, téléphone de la santé publique : résultat positif.

Deux jours plus tôt, j’étais allée me faire tester à la clinique de Fleur de Lys. Outre de la fièvre, des frissons et une grande fatigue, le déclencheur pour aller me faire tester a été de me réveiller le vendredi 4 septembre sans goût ni odorat. Sans congestion nasale ni mal de gorge, le sentiment est encore plus étrange. Et impossible à ignorer.

Quand on dit rien, c’est rien. Les détergents ne sentent rien, le nez dans le sac de café frais ou au-dessus d’une banane trop mûre? Nope! Un quartier d’orange? Goûte rien.

Direction test, donc. Pas beaucoup de monde à la clinique en ce vendredi 7h40. Formulaire, bidule dans le nez et hop, isolement complet en attendant le résultat.

Quand le verdict est tombé, j’ai eu l’impression d’être projetée dans l’actualité. De faire partie des statistiques. Ce dimanche-là, on comptait 30 nouveaux cas dans la région de Québec. «Ils parlent de toi à RDI», m’a texté un ami toujours bon pour dédramatiser.

Et, oui, l’adage qui vient en tête entre deux siestes semi-fiévreuses. «Ça n’arrive pas qu’aux autres.»

Double front

Histoire d’être doublement au cœur de l’actualité, ma mère et une tante habitent Place Alexandra. Ce fameux dimanche 6 septembre, la résidence de Beauport, qui avait réussi à éviter la contamination au printemps, était touchée de plein fouet et comptait alors 5 cas qui allaient devenir 27, puis plus d’une quarantaine les jours suivants.

Repas aux chambres, fermeture aux visites, escouade du CIUSSS et désinfection complète. Heureusement, ma mère et ma tante ont obtenu un résultat négatif. Mais il reste l’inquiétude. Mutuelle. Maman s’inquiète pour moi et je m’inquiète pour maman. Belle galère. Merci COVID!

Je ne peux pas m’enlever de l’esprit que j’ai attrapé le coronavirus lors d’une visite là-bas, cinq jours avant l’apparition des symptômes.

Sinon, où? Le suivi serré au bout du fil avec une infirmière de la santé publique pour étudier mes déplacements dans les jours avant l’apparition des symptômes n’a pas permis de cibler un endroit.

En même temps, là est la réalité de la transmission communautaire que nous vivons. Ça peut être un peu partout, par quelqu’un d’asymptomatique, par exemple.

Cette terrasse avec des amis la semaine avant? Le souper chez un collègue? Ça fait 10 jours, ça se peut pas! Faudra quand même l’aviser. La petite épicerie de quartier ou la boulangerie cinq jours avant les symptômes? L’autobus, le taxi?

Peu importe, le résultat est le même : positif.

Plusieurs, amis, collègues, membre de ma famille, ont dit que j’étais «la première personne proche qu’ils connaissaient à avoir la COVID». Moi aussi je suis la seule que je connais.

Même si au moment d’écrire ces lignes, environ 66 000 personnes ont contracté la COVID-19 au Québec, et près d’un million de personnes dans le monde en sont mortes.

Alors que la deuxième vague annonce plus que des vaguelettes, on risque d’en connaître de plus en plus. Et fini cette idée que ce ne sont que des personnes âgées. Tout le monde peut l’attraper.

Chance, tennis et Taylor Swift

Bien sûr, je m’estime chanceuse, car mon cas s’est avéré au final léger. Une dizaine de jours de congé, repos complet et tout est entré dans l’ordre. Sauf ces foutus goût et odorat toujours pas revenus depuis deux semaines. Mais bon, on est bien loin des personnes qui ont été hospitalisées, de celles qui ont perdu un proche.

Reste que cette bibitte n’a rien de sympathique. Et surtout, elle est plus «qu’une bonne grippe», n’en déplaise aux détracteurs.

Fièvre, toux qui part pour revenir de façon inquiétante après quatre jours. Et, surtout, cette fatigue, intense, qui m’a fait dormir plus en 10 jours qu’en 10 ans, moi l’oiseau de nuit débordante d’énergie. Elle est toff, la COVID.

Des journées à tousser semi-somnolente sur le divan à regarder Denis Shapovalov et Naomi Osaka au US Open de tennis ou Kyle Lowry et ses Raptors. À écouter en boucle le magnifique album Folklore de Taylor Swift. Merci à vous, compagnons d’isolement de la sportive de salon mélomane mise K.O. par la COVID.

Des journées aussi à me répéter «ça n’arrive pas qu’aux autres».

Soyez prudents. Ce n’est pas une blague, cette maladie. Elle fait peur, elle isole. Et elle vous vole le plaisir sublime du café du matin.