Comment faut-il le dire?

OPINION / Hasard politique ou hasard de calendrier, le vendredi 17 janvier, les avocats de Lino Saputo et de Jean Charest ont clamé l’innocence de leur client. L’un a financé l’autre et l’autre l’a décoré de l’Ordre national du Québec.

(L’auteur de cette lettre d’opinion, Bernard Généreux, a été président de la Fédération québécoise des municipalités (FQM) de 2006 à 2014 et maire de Saint-Prime, de 2001 à 2013.)

Nous sommes encore et toujours dans l’univers de la perception. Lino Saputo est un entrepreneur privé. Jean Charest est un ancien premier ministre désireux de se présenter à la course du Parti conservateur du Canada (PCC).

La presse a beau y mettre toute la prudence au nom de la sacro-sainte présomption d’innocence, mais personne au Québec ne doute du trafic d’influence entre le Parti libéral du Québec (PLC) des « deux frères » Charest-Bibeau et les nombreuses entreprises visitées par l’Unité permanente anticorruption (UPAC). Le cumul des faits illustrés par les affidavits rendus publics est sans appel. L’affirmation de l’avocat de Jean Charest, voulant que ces affidavits ne soient que des « vœux de policiers » est une vue de l’esprit, un maquillage éhonté de la vérité.

Et de quel droit et au nom de quel privilège le citoyen Charest peut-il se permettre d’exiger que « cesse l’enquête Machurer » ? 

Rappelons que cette enquête ne concerne pas seulement sa personne, mais implique, au moins, Marc-André Bibeau et son amie Violette Trépanier. Cette enquête doit se poursuivre au nom de l’intérêt public. N’eût été des avocasseries imposées par Bibeau, nous en serions probablement aux conclusions.

Et s’il est plus blanc que blanc, comme il le prétend, Jean Charest doit rendre public son témoignage écrit de 300 pages déposé à la Commission Charbonneau. Rien ne l’empêche ; c’est son témoignage.

Il veut revenir en politique ; grand bien lui fasse ! Mais il doit préalablement répondre aux questions au lieu de jouer de l’esquive, comme il l’a trop souvent fait pendant ses années au pouvoir.

Et de grâce, qu’on nous dispense de l’argument voulant que le nébuleux chapitre de la corruption au PLQ, « ça fait trop longtemps » ou « c’est de l’histoire ancienne » ! On a déjà joué dans ce film. En matière d’éthique et de corruption, il ne doit pas y avoir de délai de prescription.

Jean Charest a le fardeau de la preuve et doit nous démontrer, lui et non pas son avocat, qu’il ne savait rien du système Bibeau. L’ignorance n’est pas une défense. Parlez-en à Gérald Tremblay.

À titre de président de la Fédération québécoise des municipalités, dans mon discours d’ouverture du congrès de 2011, j’avais durement interpellé le premier ministre Charest de la manière suivante : « Comment faut-il vous le dire, Monsieur le premier ministre ? Ça nous prend une enquête publique ! »

Aujourd’hui, lui et moi redevenus citoyens, je l’interpelle à nouveau : « Comment faut-il vous le dire, M. Charest ? Ça nous prend la vérité ! »