Coexister par-delà le confinement

OPINION / Dans ce contexte de crise conséquente à la pandémie de COVID-19, nous, les membres du collectif Coexister au Saguenay-Lac-Saint-Jean, avons porté attention aux signes qui vont dans le sens d’une meilleure coexistence et à ceux qui en aggravent les difficultés.

Comme tant d’autres citoyens, nous redécouvrons l’importance de certains métiers et professions dans notre société. Du discret livreur aux préposé(e)s, infirmières, infirmiers et médecins qui risquent leur propre santé, en passant par les employés de soutien, d’épicerie, de pharmacie et de tous les services essentiels, pour n’en nommer que quelques-uns, sans oublier les travailleurs et les travailleuses qui font « rouler » l’économie dans ce qu’elle comporte de plus primordial, c’est-à-dire notre vie et tout ce qui la soutient.

Nous constatons également l’élan de solidarité envers les personnes isolées et les plus vulnérables quand ce n’est pas une indignation souvent justifiée. Nous nous réjouissons des « rendez-vous » quotidiens tenus par nos leaders politiques qui agissent, soudainement, davantage comme de bons parents qui réconfortent et qui prennent des mesures difficiles pour notre bien à toutes et à tous. Et bien sûr, nous ne pouvons qu’approuver une nouvelle manière de considérer les services de proximité, à commencer par le souci d’acheter local et solidaire, que bien des citoyens engagés nous encourageaient à privilégier depuis longtemps. Cette pandémie, comme toute crise importante, peut permettre de modifier des comportements pour le mieux.

Mais sur le plan des attitudes, nous voyons aussi surgir des manifestations moins édifiantes. Nous avons vu, avec le retour des vacanciers hivernaux, une montée de l’hostilité envers « les vieux » qui ne respectent pas leur quarantaine ou qui circulent au mépris des règles édictées. Ou encore envers ces jeunes qui se rassemblent malgré tout, osant la transgression qui contribue souvent à leur développement. Nous pensons également à certaines minorités ciblées, par exemple nos concitoyens aux traits asiatiques, comme s’ils transportaient le virus dans leurs gènes! Notre vieux réflexe de chercher des fautifs semble résister au vent de solidarité pourtant bien réel.

Sur le plan des diverses communautés qui vivent au Québec et ici dans la région, nous avons vu le meilleur et le pire. Ainsi, pendant que nous apprenons à être solidaires devant un ennemi commun, le « virus » des préjugés qui conduit souvent à la haine paraît perdre en intensité. Mais il arrive encore que certains soient pointés du doigt, dans une généralisation abusive, comme envers certains groupes, disons « plus religieux », qui abandonnent difficilement l’idée de se regrouper pour célébrer certaines fêtes au nom d’une compréhension traditionnelle de leur religion.

Il faut saluer malgré tout le caractère très majoritaire de la collaboration des leaders religieux à relayer les interdits imposés par les pouvoirs publics même si ceux-ci portent atteinte à la liberté de culte et de religion, tout comme à d’autres droits individuels. C’est ainsi que le bien commun doit primer, en tant de pandémie, sur d’autres coutumes et pratiques pourtant jugées tout aussi essentielles.

S’il est plus difficile de nous rassembler, gens d’ici, pour nous réjouir de la richesse de nos différences et pour essayer de bâtir une société plus inclusive, nous apprécions que les médias traditionnels et sociaux y contribuent malgré tout. Dans l’attente des jours où nous participerons physiquement à des rassemblements festifs comme nous les aimons, mais également à des rencontres qui visent à développer une meilleure coexistence entre ce nous formé de toutes origines et de toutes cultures, nous souhaitons à toutes et à tous de pouvoir renforcer le désir d’une société où chacune, chacun peut vivre en toute liberté, en toute simplicité et en portant constamment le souci des autres.

Jocelyn Girard

Collectif Coexister au Saguenay-Lac-Saint-Jean

+

QU'IL EST LONG

Le temps qui passe… il est tellement court que je ne l’ai pas vu passer, a dit mon père, le jour où nous le fêtions pour son 99e anniversaire de naissance. Comme il avait raison ! Debout avant le lever du soleil jusqu’à ce que la noirceur lui empêche de discerner les objets, mon père était au travail. Ce qui ne l’empêchait pas, en vue de la mort, de déclarer que le temps est long pour attendre la mort. Il avait dû attendre deux ans, et encore, il a fallu qu’il se renverse avec son horloge grand-père de deux mètres cinquante pour accélérer sa fin.

— Eh toi mon petit Axel, puisque tu ne vas pas à l’école, sais-tu quoi faire? Ah oui, il faut que je surveille le feu pour le sirop d’érable. – C’est tout ? – J’ai pas toujours le temps de jouer au hockey avec mon frère. Mon père veut pas que je fasse des trous d’eau avec la neige, c’est parce que l’autre jour l’eau est entrée dans mes bottes. Il faut bien comprendre que, pour Axel, le temps n’a aucune valeur, ses occupations doivent contenir tout le temps disponible.

— Mon François est désespéré. Voilà ce que disait ma voisine en fermant son appareil téléphonique. Elle était dans tous ses états, cette pauvre voisine, allons voir si ce n’était pas elle la plus désespérée ! Son fils accapare le téléphone et sa mère doit l’interrompre pour utiliser l’appareil. À chaque instant sa mère doit le ramener à l’ordre et lui faire comprendre qu’il lui faut admettre les contraintes qu’impose ce virus qui s’abat sur l’univers. Que pouvais-je lui conseiller hormis de se prendre en main et déterminer ses priorités puisque sa mère lui a suggéré une panoplie d’activités.

Seul le monde des arts peut offrir tout un monde de créativités qui ont la vertu de nous impliquer entièrement. Engagé dans ce domaine, pas une seule pensée négative ne peut s’immiscer, même insidieusement. Lorsque l’esprit se trouve en état créatif, inévitablement le temps se soustrait de lui-même pour accorder la liberté absolue. Avec un musée qui comprend cette philosophie, tous les amoureux et les dilettantes peuvent réaliser leur véritable personnalité. Ceux qui se dévouent à leur création ont besoin d’un lieu, d’une âme dirigeante qui anime, qui leur offre le bonheur et le plaisir d’avoir un minimum de reconnaissance. L’art est la beauté du monde exprimée par ceux qui s’y consacrent, l’art se produit par ceux qui ont la musique en tête, l’art s’exprime par une main qui la peint, l’art se reconnaît par ceux qui le chantent, l’art se danse, l’art se voit dans les travaux exécutés par des doigts habiles, l’art se voit par la création d’un esprit qui pense, qui réfléchit souvent dans la solitude. L’art né d’une force de l’âme devient une œuvre à s’exprimer et à se déployer. Pourquoi un musée ne serait-il pas l’aimant qui attire le produit pour l’exprimer?

Jean-Louis Gagnon,

Chicoutimi