Chums de bécik

Salut à toi cher ami ou chère amie qui a une moto qui fait du bruit.
Tout d'abord, tu remarqueras que je me permets de tutoyer parce que vois-tu, lorsque quelqu'un me réveille en pleine nuit, et ce, seulement parce qu'il passe dans le quartier, c'est généralement un ami qui surestime ma bonté.
Maintenant, si tu es moindrement perspicace, tu devineras que je t'écris en lien avec cette histoire de guerre aux décibels menée par les policiers, et avec laquelle tu es probablement aux prises depuis quelques jours.
Avant que je ne l'oublie, je voudrais sincèrement te remercier. Parce que malgré tout le respect immense que j'ai à l'égard des policiers, mon tempérament fait en sorte que j'ai souvent tendance à voir les choses d'un point de vue négatif lorsqu'il s'agit d'interventions policières. Combien de fois ai-je soupiré en prenant acte de saisies de pot, qui à mon humble avis, est la perte de temps et d'énergie la plus spectaculaire qui puisse être (juste après un visionnement d'un épisode au complet de Deux filles le matin).
Je soupire aussi quand je vois la GRC effectuer des saisies de nicotine liquide dans les commerces de cigarettes électroniques, faisant en sorte que bon nombre d'ex-fumeurs devront revenir à la cigarette traditionnelle et ses 4000 et quelques produits toxiques en prime. Mais bon, je m'égare.
Donc si j'insiste sur l'importance de te remercier, c'est qu'il y a quelques semaines, j'ai vécu une expérience que je qualifierais de paranormale. Je traversais alors un barrage routier et lorsqu'est venu mon tour d'être contrôlé, le policier m'a reconnu en tant que chroniqueur et après un échange fort sympathique, il m'a invité à poursuivre mon chemin. Pour dire vrai, avoir su le nom de l'agent, je lui aurais fait une demande d'amitié sur Facebook. «C'est l'expérience d'une vie mon Joël», que je me répétais intérieurement tout en roulant vers mon humble demeure.
Et puis là, hop, pas vingt ans plus tard, ni même un an plus tard, mais quelques semaines à peine après ça, voilà que j'ai une fois de plus envie de prendre au hasard un policier dans mes bras et de nouer une relation amicale. Parce que vois-tu, je ne suis vraiment pas contre ça la guerre aux décibels.
Et là, qu'on se comprenne. Je ne suis pas du tout contre ta passion. Parce qu'il faudrait vraiment être de mauvaise foi pour dire que la moto, c'est plate. Non non non. Combien de fois me suis-je émerveillé à effectuer des randonnées de Goldwing avec mon beau-père de l'époque lorsque j'étais un tout petit bonhomme, et ce, malgré la chienne pas possible qui m'envahissait chaque fois que la moto négociait une courbe?
Je radote peut-être, mais le truc, c'est que le gros vroum-vroum de ta moto qui me donne chaque fois le sentiment d'être en Irak en pleine Guerre du désert, peut-être que toi ça te fait "tripper", mais moi, ça ne fait que me donner le goût de te téléporter aussitôt dans l'espace afin de t'aider à comprendre pourquoi on ne peut rien entendre dans l'espace.
Tu sais, moi aussi j'ai des passions, et parmi celles-ci, j'aime bien écrire des chroniques comme celle que tu lis actuellement. ET POURTANT, BIEN QUE JE "TRIPPE" À FAIRE ÇA, JE NE LE FAIS PAS EN LETTRES MAJUSCULES POUR QUE LA PLANÈTE AU COMPLET LE SACHE. PARCE QUE JE NE SAIS PAS POUR TOI, MAIS QUELQU'UN QUI ÉCRIT EN LETTRES MAJUSCULES, C'EST COMME SI IL CRIAIT ET À LA FIN, ÇA PEUT DEVENIR TRÈS TRÈS TRÈS TRÈS TRÈS TRÈS TRÈS TRÈS TRÈS TRÈS TRÈS TRÈS TRÈS GOSSANT.
Mais bon, c'est sûr que si on accepte collectivement de te léser dans ta passion de faire du gros bruit avec ta moto, du coup, on pourrait ensuite ouvrir une espèce de boîte de Pandore qui ferait en sorte que les spectacles extérieurs seraient interdits et tout le tra la la. Alors si tu veux tant que ça continuer à faire du gros bruit, je suis prêt à être conciliant. Mais à une seule condition: que tu me files ton numéro de téléphone et que j'aie le droit de t'appeler à n'importe quelle heure de la nuit afin de te réveiller.
Parce que ça marche comme ça quand on est des amis. Bon restant d'été!