Chronique sur les chroniques

Je pensais à ça l'autre fois, parce que oui, il m'arrive de penser une fois de temps en temps, et je me disais que d'avoir une chronique en 2014, ça ne relève plus trop de l'exploit.
Non, mais quand on s'y arrête le moindrement, aujourd'hui, tout le monde peut avoir une chronique. En fait, si jamais vous désirez arriver rapidement à cette conclusion, je vous invite à feuilleter au hasard un ou deux magazines lorsque vous attendrez à l'épicerie. Mais là, je tiens à vous avertir d'être vigilants, car lorsqu'on y prête bien attention, ça vous saute aux yeux à un point tel que vous devriez songer à porter des lunettes de sécurité.
Peut-être aussi que je ne suis qu'un vieux nostalgique avant le temps et que je m'imagine des choses, mais pourtant, je suis à peu près certain qu'il n'y a pas si longtemps que ça, c'était peu courant de tenir une chronique dans un média imprimé. Et là, je ne vous parle pas des années 30. Je vous parle de l'époque où j'étais un jeune collégien aux yeux rougeâtres et que je dévorais chaque chronique qui me passait sous la main. Genre, à la fin des années 90.
Chaque fois que j'ouvrais un journal, un magazine, mais surtout l'Échos Vedettes (ça a longtemps été mon plaisir coupable et tant qu'à être dans les confessions, j'ai commencé à lire à quatre ans à cause du télé-horaire qui y était et j'aimerais bien vous dire que je blague, mais non), la première chose que je faisais, c'était de trouver LA chronique. Et c'est justement là que je doute de ma mémoire. Parce qu'avouons-le, ça fait plutôt bizarre aujourd'hui de penser qu'un journal ou un magazine ne peut contenir qu'une seule chronique. Bref.
Donc voilà, j'étais convaincu à l'époque que les chroniqueurs faisaient partie d'une espèce de cercle d'initiés où l'on devait passer une série de tests d'intelligence afin d'y adhérer. Évidemment, les années qui ont suivi ont fini par déboulonner ce mythe que j'entretenais secrètement.
Tout d'abord, il y a eu l'apparition des blogues. Ceux-ci m'ont fait découvrir le meilleur comme le pire. Soudainement, j'ai découvert des gens qui n'auraient jamais pu bénéficier autrement d'une tribune. Parmi eux, ils étaient nombreux à avoir des choses intéressantes à dire, mais surtout, ceux-ci maîtrisaient à merveille la langue afin de donner vie à ces idées. Parce que c'est bien beau avoir quelque chose à dire, mais faut aussi être capable de rendre le tout intéressant. Et je serai franc avec vous, mais je préfère lire quelqu'un qui n'a rien à dire d'une façon intéressante à quelqu'un qui a quelque chose à dire, mais qui est ennuyant à mourir.
Maintenant, j'ignore si c'est uniquement la popularité des blogues qui a contribué à la multiplication des chroniques, mais une chose est certaine, ils ont été plusieurs à flairer la bonne affaire et à constater que ça devait bien plaire au lectorat parce que là, du commentaire et de l'opinion et de la chronique, en veux-tu, ben en v'là.
T'as joué dans la LNH une saison et tu es capable d'aligner une dizaine de phrases? Alors je te donne ta colonne d'opinion sur le hockey. Tu as été candidat pour un parti politique qui n'existe même plus? Ben v'là ta colonne. Tu es connu et tu as déjà dit en entrevue que tu aimais lire? Te voilà chroniqueur littéraire. Et bla-bla-bla...
Alors nous voilà maintenant à l'époque de l'opinion. Et on dira bien ce qu'on voudra, mais une opinion, une fois qu'elle est imprimée, c'est un peu comme un film. Prenez la vie la plus plate du monde, faites-en un film et soudainement, on se surprend à se dire que c'est toute une vie quand même.
Je vous dis ça juste pour vous rappeler qu'une chronique, c'est un phare dans la nuit. Ça peut vous donner une piste afin d'arriver à vous façonner votre propre opinion, mais ce n'est pas une carte routière pour autant.
Et puis, vous pouvez vous jeter dans le buffet si vous le désirez et lire tout ce qui vous tombe sur la main, mais n'oubliez jamais qu'il y a des bons et des mauvais chroniqueurs. Et y aussi ceux qui chroniquent sur les chroniques. Ceux-là, je m'en méfierais à votre place.