Chaud-froid

CHRONIQUE / Détrompez-vous, je ne parlerai pas de cuisine ! La masse d’air polaire qui nous affecte depuis le début de l’hiver en fait râler plus d’un et gonfle les profits des agences de voyage. C’est l’hiver, il fait froid, quoi de plus normal au Québec ? Mais là, sans qu’on batte de records absolus, le mercure se blottit tranquillement en boule dans le fond du thermomètre. Le croiriez-vous ? Cette vague de froid s’explique par les effets du réchauffement climatique, si on en croit un article scientifique paru la semaine dernière dans le Bulletin de l’Association météorologique des États-Unis (http ://journals.ametsoc.org/doi/abs/10.1175/BAMS-D-16-0259.1). Pas banal comme paradoxe !

L’explication proposée par les auteurs de l’étude est fort intéressante. L’Arctique est la région qui se réchauffe le plus rapidement sur la planète. Depuis près de 40 ans qu’on mesure la surface des glaces par satellite sur l’océan arctique, celle-ci diminue constamment à la fois en épaisseur et en étendue. Résultat ? La surface d’eau libre permet que l’énergie solaire, au lieu d’être reflétée en été par un couvert blanc, est absorbée par un océan bleu. Plus d’énergie, donc plus de chaleur. Plus de chaleur emmagasinée dans l’eau retarde la prise des glaces à l’automne. Jusque là, ce n’est pas sorcier. Mais pour fabriquer la glace, il faut que l’énergie de l’eau soit transférée dans l’atmosphère. L’Arctique connaît donc des automnes plus doux qu’autrefois. Et c’est là que le bât blesse. En effet, à l’automne se met en place un courant d’air dans la stratosphère (plus de 15 kilomètres d’altitude). Ce courant circulaire (appelé vortex polaire) qui fait le tour de la planète tend à créer une zone de haute pression qui explique que l’air très froid reste emprisonné au-dessus de la région polaire pendant l’hiver. C’est du moins ce qui se passe habituellement.

Avec le réchauffement de la région arctique depuis 40 ans, le vortex polaire s’affaiblit. Au lieu d’être circulaire, il fait des ondulations. Des poches en quelque sorte. Et c’est ainsi que des masses d’air qui autrefois étaient confinées aux plus hautes latitudes de l’hémisphère nord descendent vers chez nous et, à la faveur des dépressions tropicales qui affectent l’Atlantique, nous amènent des temps froids et venteux. L’explication rassure, mais ne réchauffe pas !

En effet, il n’y a rien de catastrophique pour nous qui sommes adaptés à l’hiver. Pour certains, c’est désagréable parce qu’ils sont mal habillés (à qui la faute ?). Pour d’autres, rien de plus pressé que d’arroser la glace pour la faire épaissir. Il faut reconnaître qu’il y a des priorités dans la vie. La pêche sur la glace en est clairement une. 

Selon l’article, le vortex polaire fait beaucoup plus de poches depuis 40 ans. Donc, lorsque cela se produit, il y a des périodes où l’hiver ressemble plus à l’hiver. Malheureusement ou heureusement, les hivers moyens continueront d’être toujours plus chauds, avec de temps en temps une longue période qui donnera le goût de se construire un igloo.

Depuis plusieurs années, les pêcheurs pestent parce que la glace tarde à épaissir. N’allons pas les contrarier cette année ! Une fois n’est pas coutume. Et, pour ceux et celles qui se plaignent du froid, rappelez-vous qu’il n’y a pas de mauvais temps, il n’y a que de mauvais vêtements. Vendredi, je regardais mes petits enfants jouer dans la neige. Ils n’avaient surtout pas froid ! 

Nous avons des fabricants de vêtements de plein air dans la région et au Québec qui équipent des expéditions polaires et des alpinistes. Pourquoi ne pas faire rouler l’économie locale ? 

Pour apprécier l’hiver pendant qu’il en reste, suivez le conseil de l’Abominable Charles des Neiges (deux ans et demi) et allez jouer dehors. Ça vous donnera des couleurs.