Château de cartes

Il y a des ces oeuvres qui nous font nous sentir très petits, voire insignifiants. Parfois, c'est parce qu'elles sont tout simplement plus grandes que nature tandis que d'autres fois, ce sont pour les idées qu'elles véhiculent.
C'est d'ailleurs pour cette dernière raison que je me suis senti impuissant en visionnant la deuxième saison de la série House of Cards, disponible sur le web via Netflix depuis la Saint-Valentin.
Pour ceux et celles qui ne sont pas familiers avec cette oeuvre, il s'agit d'une série où suspense et politique américaine se côtoient, tout ça avec le brillant comédien Kevin Spacey en tête d'affiche. Il y interprète donc le rôle de Frank Underwood, un politicien qui décide de se rendre au sommet tout en usant de manigances machiavéliques.
Évidemment, il ne s'agit pas ici d'une oeuvre documentaire ou historique, mais bien d'une oeuvre de fiction. Or, il reste qu'on est en droit de se douter que le fond comporte quand même de nombreuses similitudes avec la vraie façon de faire au sein des appareils politiques nord-américains.
Ce qu'on en retire en substance, c'est que la quasi-totalité des décisions importantes se joue en coulisse et généralement, dans l'intérêt d'une infime catégorie de la population. En d'autres mots, les gros joueurs au niveau économique (hommes d'affaires, milieu entrepreneurial, corporations, lobbys) tirent les ficelles de tous les moyens possibles et les politiciens eux, tentent de tirer leur épingle du jeu en les accommodant, et ce, tout en entretenant les apparences comme quoi tout est fait dans l'intérêt de la collectivité.
Quant aux plus vertueux, ceux-ci tentent bien que mal de faire leur chemin sans aller à l'encontre leurs principes, mais un jour ou l'autre, vient un moment où les compromis sont inévitables. Par exemple, un projet qui tient à coeur à un politicien, et auquel il s'est fermement engagé à concrétiser auprès des électeurs, ne pourra pas se faire sans qu'un autre projet, beaucoup moins séduisant, n'ait son aval. Et si ce même politicien décidait de tenir son bout, même si ce dernier n'avait visiblement rien à se reprocher, un concours de circonstances fera en sorte que celui-ci se trouvera dans l'eau chaude. Ça pourra être la dame qui s'est assise à sa table, ne serait-ce que seulement une dizaine de secondes, ou la fois où on lui a demandé innocemment de se présenter à un endroit x, mais tout sera finement orchestré afin de rendre suspicieux ces moments. Je ne vous l'apprendrai pas, il ne suffit que d'une once de mauvaise foi pour détruire tout le travail d'un saint.
Ici, je vous rappelle que je ne vous brosse pas un portrait de la situation politique dans laquelle nous vivons, mais bien un portrait tel que présenté dans une oeuvre de fiction.
Mais au-delà de ce qui est imaginé dans cette série, je serais bien candide d'avancer que tout ça n'est que du théâtre. En fait, à la lumière de ce que nous entendons depuis le début de la Commission Charbonneau, il est indéniable que le milieu politique n'est jamais à l'abri de personnages influents et mal intentionnés qui arrivent à détourner le système, et ce, dans leur seul intérêt.
Donc voilà, lorsque je vois que le gouvernement provincial y va de choix politiques questionnables tels que l'exploitation pétrolière de l'île d'Anticosti, je me permets de sourciller légèrement. Alors que chez nos voisins américains, à Ivanpah, on vient tout juste d'inaugurer la plus grande centrale mettant à profit l'énergie solaire, je doute. Même François Tremblay, celui qui personnifie Arthur l'Aventurier, s'est permis un questionnement à cet effet jeudi matin à Salut Bonjour. C'est dire.
Peut-être bien que certains gros joueurs économiques attendaient un retour d'ascenseur de la part du gouvernement... Mais bon, on ne vous le dira jamais. On préférera vous sortir des chiffres et bien vous endormir en vous rassurant que vous en sortirez gagnants.
En tant qu'électeurs, nous ne sommes qu'une infime variable dans ce système, mais le soir, nous pouvons nous coucher dans notre lit en nous disant qu'au moins, nous nous payons le luxe d'être honnêtes. C'est bien peu, mais vaut mieux s'en satisfaire. Car à la fin, tout ça n'est qu'un jeu de pouvoir dans lequel nous ne sommes que des pions.