L'auteur de cette lettre d'opinion n'est pas chasseur, mais se dit abasourdi par la préoccupation systématiquement déplorée par les chasseurs du partage du territoire entre les occupants.

Chasse: la loi du plus fort règne dans les ZEC

Je ne suis pas un chasseur, mais je reviens tout juste d’un voyage de chasse à l’arbalète à l’orignal avec deux chasseurs expérimentés dans une ZEC pas loin de chez moi. Ma présence permettait de compléter le nombre de permis requis pour avoir droit à l’abattage d’un veau ou d’un mâle. Cette expérience m’a permis d’acquérir des connaissances sur la technique d’approche moderne d’un orignal durant le rut afin de pouvoir utiliser ces préceptes pour la chasse photographique qui occupe mes temps libres durant ma retraite.

Je ne suis pas chasseur et je suis sensible à l’abattage d’un veau bien grassouillet ou parfois d’une femelle, lorsque permis, dont le veau survivant est condamné à mourir. Mais ma formation de biologiste me permet de comprendre que ce sport est une activité durable qui permet aux chasseurs d’assouvir un instinct ancestral et de stimuler l’économie à l’échelle locale tout en permettant une saine gestion du cheptel. Les efforts considérables associés à la préparation du territoire avant la période de chasse, les longues marches ou attentes dans la forêt dans des conditions météorologiques parfois extrêmes et la difficulté parfois énorme à disposer adéquatement de la carcasse m’inspirent un profond respect des activités associées à la chasse traditionnelle. 

Je ne suis pas chasseur et je suis abasourdi par la préoccupation systématiquement déplorée par les chasseurs du partage du territoire entre les occupants. La loi du plus fort prime. Premier arrivé, premier à installer des pancartes et à revendique l’usage exclusif de la portion d’un territoire en aval d’un embranchement fraichement déboisé. Je comprends que les ZEC ont des ressources financières limitées et que le partage du territoire est laissé entre les mains des usagers. Je comprends aussi que les chasseurs dominants arrachent parfois les pancartes d’autres chasseurs et peuvent les intimider. Des chasseurs dominés ne respectent plus les pancartes des autres en guise de représailles. Certains dominants louent leurs privilèges d’occupation du territoire à leurs clients. 

Bref, la démocratisation de la chasse dans les ZEC du Québec semble souvent laissée au libre arbitre. Certaines ZEC produisent des pancartes et les distribuent aux premiers occupants en éliminant les autres pancartes non autorisées. D’autres ZEC laissent les occupants placarder les embranchements de routes et revendiquer par toute sorte de méthodes le droit d’occuper et d’aménager des caches, des sentiers, des salines, etc. Ma vision de profane est peut-être mal avisée, mais si les ZEC ne gèrent pas le territoire de façon uniforme et si un mécanisme d’arbitrage des litiges n’est pas mis en place, il me semble évident que le régime d’intimidation et de frustration des chasseurs dominés se maintiendra à perpétuité. 

Étant non chasseur, je n’ai aucun risque de représailles en signant cette opinion et n’ayant rien à gagner, mon objectivité s’en trouve moins entachée. 

Simon Théberge, Québec