François Ouellet est coprésident du Comité scientifique du 86e Congrès de l’ACFAS.

Célébrer la pensée libre

CHRONIQUE / Au début de son discours de réception au prix Nobel de littérature, en décembre 1960, l’écrivain Saint-John Perse disait : « Mais du savant comme du poète, c’est la pensée désintéressée que l’on entend honorer ici. Qu’ici du moins ils ne soient plus considérés comme des frères ennemis. Car l’interrogation est la même qu’ils tiennent sur un même abîme, et seuls leurs modes d’investigation diffèrent. » Il y a longtemps que le vœu de conciliation appelé par l’écrivain a été réalisé, et cela s’est fait sous le signe de la recherche universitaire. Car on peut interroger le monde en poète, à sa table de travail avec un livre à la main, comme on peut interroger le monde en sarrau depuis son laboratoire. Et entre ces deux postures de savoir convenues, il y en a bien d’autres, on s’en doute, lesquelles ont toute aussi en commun une volonté de libre engagement, de dévouement désintéressé dans l’étude et l’analyse des multiples objets de recherche de la science d’aujourd’hui.

C’est autour de ce beau thème de la « pensée libre », valeur cardinale de la recherche, que se sont mobilisés le Comité organisateur et les membres du Comité scientifique du 86e Congrès de l’Acfas à l’UQAC. Ce congrès annuel est unique dans l’espace savant francophone. On n’a pas idée de l’effervescence contagieuse que génère un congrès de cette envergure, la mobilisation qu’il suscite dans la communauté universitaire. À l’UQAC, une cinquantaine de chercheurs venant de toutes les disciplines de la recherche fondamentale et de la recherche appliquée ont travaillé de concert pendant près d’une année pour mener à bien l’élaboration du programme scientifique du congrès. Ajoutons que pas moins du tiers des colloques proposés sont sous la responsabilité de chercheurs de l’UQAC. Les milliers de congressistes qui, cette semaine, investissent les locaux de l’université, et qui viennent du Québec et d’autres pays, sont en quelque sorte leur récompense.

Pour bien des gens, la recherche est quelque chose d’assez abstrait. Ils n’ont pas tort ! Le stéréotype de l’intellectuel dans sa tour d’ivoire ou du savant dans son laboratoire a parfois la vie dure. C’est que la recherche scientifique est un univers en soi. Mais cela ne veut pas dire qu’elle est inaccessible et déconnectée du monde. Au contraire ! À quoi tout cela servirait-il si on ne communiquait pas ses idées, ses découvertes ? En réalité, le chercheur est un passionné qui est à l’écoute du monde, qui scrute la vie, qui interroge ce qui l’entoure, qui cherche à comprendre le monde et qui, parfois, peut expliquer le pourquoi des choses. Il faut être passionné pour faire de la recherche, pour consacrer des heures, des années, une vie à réfléchir, à découvrir, à écrire, à chercher à relever les défis que pose la complexité de l’humanité ou à vouloir apporter des solutions aux problèmes sociaux, écologiques, économiques, etc. Sinon il n’y aurait pas d’échanges avec les autres, de désir de communiquer son savoir. La recherche est une libre pensée rigoureuse et documentée sur nos sociétés. Elle est en communication avec le monde. Elle est elle-même communication, c’est sa qualité la plus précieuse. Car une intuition qui n’est pas partagée, une découverte qui n’est pas expliquée, des connaissances qui ne sont pas transmises, un savoir qui ne se vulgarise pas, c’est une science stérile.

D’où l’importance, pour les chercheurs, pour les étudiants, pour le public, de disposer de lieux de rencontres et d’échanges comme le congrès de l’Acfas, qui cette année, à l’UQAC, a programmé pas moins de 118 colloques, 627 communications libres (hors colloque) et des activités destinées au grand public. Dans ces lieux, on discute, on s’instruit, et on s’amuse aussi, parce qu’apprendre peut aussi être un plaisir, un immense plaisir.

François Ouellet est coprésident du Comité scientifique du 86e Congrès de l'ACFAS