Vous n’avez pas répondu à leur question

OPINION / Lundi, au conseil de ville de Saguenay, quatre étudiantes du secondaire ayant participé à la grande marche du 15 mars dernier pour la protection du climat se sont présentées au micro lors de la période de questions. Elles ont clairement demandé : « Pourquoi, à titre d’élus de Saguenay, vous positionnez-vous pour les grands projets dans le fjord du Saguenay (AP, GNL, MBR) ? »

Deux conseillers se sont avancés pour les rassurer avec l’habituelle langue de bois dont ils usent en matière de lutte aux GES. Messieurs les conseillers, vous n’avez pas répondu à la question. Faudra-t-il vous la répéter ? Les jeunes ne sont pas dupes de vos flagorneries et de votre rhétorique alambiquée pour les retourner sur leurs bancs d’école en vous faisant une confiance aveugle. Ce pour quoi il faut féliciter ces jeunes, c’est d’avoir posé la question qui tue. Maintenant, elles veulent des réponses franches et honnêtes de la part d’élus qui prétendent faire de la politique autrement.

J’ai participé à cette marche pour le climat afin d’appuyer les jeunes ; certains ont dit, au nom des autres, qu’ils avaient peur de ce qui les attendait, eux et leurs enfants, si le coup de barre nécessaire n’était pas donné. Ils ont été clairs : « On ne répond pas à la hauteur de l’urgence climatique que les scientifiques du GIEC ne cessent de démontrer à l’aide de données probantes. »

À cette manifestation, qui s’est terminée à la Place du citoyen, près de l’hôtel de ville, je n’y ai vu aucun élu municipal. L’événement fut annoncé suffisamment d’avance pour qu’elles et ils puissent ajuster leur agenda en conséquence. Mais non ! C’est dommage, car cela aurait pu leur permettre de bien saisir le message et de prendre la mesure des craintes et appréhensions de ces jeunes devant leur procrastination à agir.

Seulement, croyez-moi, les politiques ne pourront pas toujours rester bien au sec quant au dossier des GES. Prochain rendez-vous : le 22 avril prochain, Jour de la Terre.

Marcel Lapointe

Jonquière

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ENFIN LA LAÏCITÉ

En rejetant par la Révolution tranquille la sainte providence pour l’État providence, le peuple québécois s’est libéré du joug religieux catholique qui dominait la société. Ce joug était appliqué par un clergé dont l’habillement ostentatoire marquait le pouvoir. Le peuple lui s’habillait normalement. Encore aujourd’hui. Évidemment, l’État providence est tout aussi interventionniste, mais notre statut de société minoritaire en Amérique anglo-saxonne l’exigeait sans doute. Depuis lors, même s’il s’est refusé deux fois à devenir un pays, le Québec est devenu une société distincte, particulière et unique, notamment (et c’est crucial) par son système de droit civil. Une société tout de même tolérante, créative et déterminée à affirmer sa spécificité dans le concert des nations.

Depuis le coup de force constitutionnel de Trudeau père en 1982, la liberté d’action du Québec est toujours coincée entre un fédéralisme centralisé et la charte multiculturelle canadienne. Malgré tout, et souvent en dépit des décisions arbitraires de la Cour suprême, la société québécoise a pu légiférer sur quelques grands principes essentiels à la nation dans quelques lois fondamentales (langue, déconfessionnalisation des commissions scolaires, charte des droits et liberté, etc.). Au début des années 2000, une pièce importante manquait au tableau : la laïcité de l’État.

Le projet de loi 21 affirme la laïcité de l’État qui reposera désormais sur quatre principes :

1) séparation de l’État et des religions ;

2) neutralité religieuse de l’État ;

3) égalité entre les citoyens (nes) ;

4) liberté de conscience. La pièce législative complète en quelque sorte les quatre grandes caractéristiques de la nation québécoise : une société distincte, la langue française, l’égalité entre les hommes et les femmes, la laïcité de l’État.

La loi obligera les employés de l’État en situation d’autorité à ne pas porter de signes religieux (en fait et en apparence). Les opposants à la loi pourfendent ces dispositions au nom des libertés individuelles et de la pratique religieuse. Ils en ont bien le droit, mais ils doivent mesurer leurs critiques dont certaines ont un arrière-goût du mépris pour le peuple québécois qu’affichaient à l’époque les adversaires, surtout anglophones, de la loi 101. Existerait-il maintenant une version québécoise du Québec bashing ?

Les opposants amplifient exagérément l’impact de cette disposition au nom des valeurs individualistes, dans le contexte de la prédominance de la Charte canadienne des droits et libertés. D’un côté, on diabolise la législation en l’accusant d’être antimusulmane, alors qu’elle s’applique également à toutes les pratiques religieuses. De l’autre, on prétend qu’elle n’a pas sa raison d’être justement parce qu’elle ne concerne pas beaucoup de monde. Les femmes musulmanes (quelque 150 000 au Québec), dont on dit qu’elles sont spécifiquement visées par la loi, ne portent pas de signe religieux dans une forte majorité (70 à 80 %). Plusieurs de celles qui en affichent soutiennent qu’elles le font librement par choix.

L’État exerce dans ce cas-ci son pouvoir coercitif en vertu du droit démocratique de réguler la vie citoyenne. Le gouvernement le fait en toute légitimité, une légitimité certainement plus juste que celle de Pierre Elliott Trudeau qui nous a enfoncé dans la gorge sa réforme constitutionnelle. Au final, l’État laïc, démocratiquement, fixe des limites pour tous les citoyens qui souhaitent exercer des fonctions publiques. Ces personnes ne devront pas afficher des signes religieux si elles veulent exercer certaines fonctions en interaction directe avec la population. Au nom de la laïcité de l’État. Cela apparaît raisonnable. Ce n’est pas trop tôt.

Laval Gagnon

Chicoutimi