Vendre du gaz

Carrefour des lecteurs
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Le Quotidien
OPINION / Je ne surprendrai personne en écrivant que je n’approuve pas le projet Énergie Saguenay, pas plus que j’approuvais le projet Énergie-Grande-Anse il y a 16 ou 17 ans. Sans être contre tout type de développement industriel, je ne crois pas que l’injection d’argent dans un faux vecteur énergétique de transition nous permettra de faire un jour la transition vers des énergies plus vertes. Autant mettre le même argent dans les énergies vertes immédiatement et arrêter de perdre du temps avec les énergies fossiles. Malgré cela, j’ai participé aux audiences publiques du BAPE sur le projet Énergie Saguenay. Je suis allé y poser quelques questions.

J’étais là lorsque Pierre Charbonneau a posé la question concernant la qualité de construction des méthaniers et les paramètres de la navigation sous les lignes de haute tension. Je le félicite par ailleurs pour sa question. Malheureusement, les réponses fournies par GNL et le représentant de la Corporation des pilotes du Saint-Laurent en ce qui a trait à la portion de la navigation me sont apparues totalement erronées. Lorsqu’ils ont mentionné qu’il y avait plus de 2000 mètres (2 kilomètres) de dégagement avec les fils d’une manière désinvolte, évacuant du revers de la main toute équivoque au niveau de la sécurité, je suis presque tombé en bas de ma chaise. À la hauteur de la ligne Micoua-Laurentides, le point le plus bas de la ligne de 2000 mW (2 000 000 000 de watts) oscille selon les paramètres de charge entre 60 et 30 mètres de l’eau. Le cap où se situe le pylône de 120 mètres qui soutient les fils sur la rive sud mesure environ 400 mètres. La montagne sur laquelle sont situés les pylônes sur l’autre rive est plus petite encore. La rivière n’a que 1,6 km (1600 m) de large à cet endroit. Même en largeur, les méthaniers ne pourraient s’éloigner que de 800 mètres du point le plus bas des fils en risquant l’échouement. Alors, il ne pouvait s’agir que d’une erreur d’évaluation ou bien j’avais mal entendu.

Comme je n’arrivais pas à croire ce que mes oreilles avaient entendu mardi, j’y suis retourné vendredi. Je tenais aussi à éclaircir un autre point concernant la navigation. GNL n’a jamais contesté qu’il serait contre-indiqué par le SIGTTO (Society of International Gas Tanker and Terminal Operators) qu’un méthanier navigue sur un long chenal à l’intérieur des terres pour atteindre un terminal. Selon GNL, vu la largeur et la profondeur du fjord, ce cours d’eau ne correspond pas à la définition d’un chenal. Mais qu’en est-il en hiver lorsqu’un brise-glace aménage un long chenal entre Tadoussac et La Baie ? Et surtout, lorsque les méthaniers passeront sous les câbles, entreront-ils dans la zone inductive où un arc électrique pourrait se former ? Après m’avoir sommé de relire le verbatim de la soirée de mardi, on a brièvement cédé la parole aux représentants de GNL qui m’ont répété qu’il y avait un dégagement de 2000 mètres ! 2000 mètres ? Où ça ? Ils n’ont même pas daigné répondre à l’assertion selon laquelle le chenal d’hiver est long, étroit et qu’il remonte loin à l’intérieur des terres.

Vers la fin de la session de vendredi, j’ai eu l’occasion de poser une dernière question pour me faire servir une autre ânerie destinée à la manipulation de l’opinion publique. Selon eux, leur projet surpasserait les quatre projets d’exportation gazière de même envergure sur la côte de la Nouvelle-Écosse ayant déjà reçu toutes les approbations. Selon GNL, les gazoducs existants seraient utilisés à pleine capacité. Il me semble que si on consomme plus de gaz, il suffit d’en injecter plus à l’autre bout pour fournir la nouvelle demande. Il m’apparaît aussi que le gazoduc qui devait desservir Canaport, un terminal d’importation construit en 2016, n’est utilisé qu’à 5 % de sa capacité. Alors encore une fois, je ne comprends pas les prétentions de GNL.

Pour moi, leur seule motivation est la vente.

Benoît-Robin Lessard

L’Anse-Saint-Jean