Une vraie réforme

OPINION / Le gouvernement de François Legault a mis de l’avant son projet de loi pour le changement de mode de scrutin. Le mode de scrutin uninominal à un tour que nous avons en ce moment possède en effet quelques failles. Parmi celles-ci, la distorsion des voix et des sièges est probablement l’une des plus notables. En effet, le gouvernement Legault, par exemple, avec ses 74 sièges représentant 59,2 % de ceux-ci, n’a eu que 37,42 % des voix. À l’inverse, le PQ et QS, avec 10 sièges chacun, n’obtiennent que 8 % de la Chambre. Pourtant, respectivement, ils ont eu 17,06 % et 16,10 % du vote populaire.

Quelque chose cloche, non ?

C’est entre autres pour cette raison qu’en mai 2018, une entente historique a eu lieu. Signé par la main du premier ministre actuel et celles des chefs/co-porte-paroles des autres partis politiques du Québec (sauf le PLQ). Et nous voilà le lundi 30 septembre où le gouvernement Legault nous sort un drôle de lapin. Celui d’un mode de scrutin favorisant sa formation politique.

Il faut comprendre que le changement de mode de scrutin prévu avait pour but de diminuer la distorsion expliquée plus haut et ainsi, rendre plus démocratique le processus électoral afin que chaque voix compte. Cependant, ce n’est pas le cas avec cette réforme. On y remarque plusieurs éléments qui ont pour but de ne pas prendre en considération les voix de tous les Québécois. Par exemple, le seuil de 10 % demandé pour l’obtention de siège de région met sous sourdine plusieurs milliers de voix. De plus, normalement, le concept proportionnel a pour objectif de compenser les partis qui n’auraient pas gagné de circonscription, d’en obtenir grâce au vote populaire. Toutefois, la réforme du gouvernement inverse le processus en permettant aux partis qui gagnent le plus de sièges d’en obtenir davantage.

Le changement de mode de scrutin est également censé mettre fin au bipartisme (alternance entre deux partis au pouvoir) ne représentant plus les réalités du Québec pour faire place au multipartisme (où plusieurs partis politiques représentent un poids suffisant en chambre et collaborent dans l’application du pouvoir politique. Pourtant, cette réforme ne crée pas un tel changement. En fait, la réforme du gouvernement semble vouloir créer un nouveau bipartisme, celui opposant la CAQ au PLQ et où le PQ et QS vont se retrouver avec des miettes encore plus petites qu’aux dernières élections.

Puis, question de rajouter une couche sur un gâteau qui est de moins en moins appétissant, le gouvernement explique qu’il soumettra cette réforme à un référendum pour la prochaine campagne électorale. Cette décision semble assez mauvaise, et ce, pour plusieurs raisons. D’abord, il est assuré que la campagne électorale rendra invisible la question de la réforme.

Une campagne sur la réforme durant une campagne électorale ne fait aucun sens, ni pour les partis politiques ni pour les médias, qui ne peuvent disperser leur ressource sur deux campagnes simultanées, et ni pour les citoyens qui devront s’informer davantage. Cela risque non seulement de rendre la campagne de la réforme défaillante, mais également de rendre le citoyen hostile ou indifférent à ce référendum, alors qu’il s’agit d’un enjeu de société.

En somme, cette réforme du mode de scrutin semble aller à l’inverse du chemin qu’il est censé emprunter. En effet, ce mode de scrutin sert à diminuer les distorsions entre les sièges et les voix. La réforme ne diminue que partiellement cette variable. Cette réforme est censée viser à donner plus de pouvoir aux voix des citoyens durant l’élection alors que certains ne seront même pas entendus. Finalement, soumettre cette question à un référendum le jour de l’élection provinciale est davantage vue comme un plan de sabotage de la part du gouvernement que comme une réelle intention de réforme.

Je demande donc au gouvernement Legault de revoir la réforme qu’il propose. Le gouvernement Legault cherche l’acceptabilité sociale, un nationalisme fort et la présence d’un gouvernement fort au sein de nos frontières. Une réforme adéquate du mode de scrutin peut donner toutes ces variables, tout en permettant à la CAQ de rester au pouvoir en tant que leader d’un nouvel ordre politique au Québec et cela peut être un avantage à long terme.

Sébastien Roy, étudiant

Science politique

Montréal

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UN ESPACE POUR LES LECTEURS

En réaction à l’éditorial de Marc St-Hilaire intitulé « Ce journal qui est le nôtre », publié le 9 octobre.

Il aurait pu aussi se nommer « On est jamais si bien servi que par soi-même ».

Si une coop peut marcher en agriculture, en foresterie, en institution bancaire, pourquoi pas en information journalistique. Un bon moyen pour rendre l’information plus indépendante des pouvoirs de l’argent. Vous avez bien sûr tout mon appui.

J’ai particulièrement apprécié, vous vous en doutez bien, le passage de votre texte sur la place à faire aux lecteurs d’opinion qui désirent s’exprimer. Bien qu’il serait de mauvaise foi de dire que le journal a été pingre en ce domaine, en faire encore plus sera à l’honneur du Quotidien, parce que l’expression du citoyen lambda dans un journal montre sa vitalité ; montre qu’interaction n’est pas un mot creux.

Enfin, la réflexion, bien que nécessaire avant d’écrire une lettre aux lecteurs, si elle entraîne la controverse, c’est bien, pourvu que la civilité soit respectée. À vous de distinguer l’ivraie du bon grain et de procéder avec votre discernement habituel. À cet effet, à titre de chroniqueur, lui, Sébastien Lévesque le fait très bien. Son heureux mélange de réflexion et de « suscitement » de la controverse donne une saveur particulière aux débats qu’il incite à tenir.

Marcel Lapointe

Jonquière