Une vision à court terme

OPINION / Les conseillers municipaux (de Saguenay) ont beau justifier la lourdeur croissante de leur tâche pour justifier leur salaire porté à 68 000 $, je m’interroge sur leur compétence pour évaluer les enjeux économiques ayant des conséquences importantes sur notre qualité de vie.

S’il faut en croire ce qu’a rapporté Benoît-Robin Lessard dans ce même Carrefour des lecteurs, sous le titre Démocratie gazée, le Conseil municipal de Saguenay a adopté, le 12 octobre dernier, lors d’une séance extraordinaire et expéditive, une résolution appuyant le projet de construction éventuelle d’une usine de liquéfaction de gaz naturel dans le parc industriel de Jonquière. L’auteur explique en quoi ce type de gaz obtenu par fragmentation hydraulique des pierres de schistes, et destiné essentiellement à l’exportation, constitue une nuisance pour l’environnement, au même titre que le charbon.

Il semble que tous les conseillers présents aient donné leur approbation. Que dire alors des absents ? Je ne suis pas un spécialiste en la matière, pas plus que les conseillers sans doute, mais dans le doute la prudence aurait commandé de faire de plus amples vérifications avant de donner le feu vert à un tel projet. 

Je me demande si le conseil de ville a également pesé le pour et le contre de certains autres projets d’implantation d’industries lourdes dans la région du Saguenay. Je pense notamment au troisième port en eau profonde d’Arianne Phosphate sur la rive nord du fjord. La splendeur de cet attrait naturel attire chez nous des visiteurs du monde entier et constitue un leg d’une valeur inestimable pour les générations futures. En altérer le paysage pour créer des emplois bien payés, mais peu valorisants, pendant quelques décennies, est un marché de dupes, digne d’une république de bananes. Sans compter que la circulation accrue de navires ira bien évidemment à l’encontre des efforts déployés pour protéger la population de mammifères marins dans le Saguenay, n’en déplaise aux dinosaures de l’Agence de protection de l’environnement du Canada qui viennent de donner leur bénédiction à Arianne Phosphate.

Avec leur augmentation de salaire, je souhaite que nos élus aient au moins les moyens de s’offrir une bonne paire de lunettes pour voir un peu plus loin que le bout de leur nez.

Clément Fontaine

La Baie

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UN JUGEMENT QUI A FAIT L'HISTOIRE

Il y a dix ans, le 31 octobre 2008, un jugement historique était rendu pour des milliers de femmes à travers le Québec. En effet, pendant que nos enfants avaient la tête aux costumes et aux bonbons, les responsables en services éducatifs en milieu familial (RSE) recevaient une nouvelle qui changeait leur vie : le jugement Grenier reconnaissait leur droit à la syndicalisation.

Une victoire majeure, puisque ce jugement était l’aboutissement d’une lutte épique menée par ces femmes courageuses pour obtenir le droit de négocier leurs conditions de travail. Un droit légitime qu’elles ont dû arracher au gouvernement libéral de Jean Charest. Rappelons que ce même gouvernement avait adopté sous le bâillon, en décembre 2003, une loi injuste et antisociale pour empêcher leur syndicalisation.

Par son jugement, la juge Grenier annulait cette loi et reconnaissait le droit de ces milliers de travailleuses de se regrouper pour négocier leurs conditions de travail.

Depuis lors, le jugement Grenier est fréquemment cité comme référence partout dans le monde.

Dix ans plus tard, les conditions de travail des RSE se sont améliorées de façon significative : leur salaire a augmenté de plus de 40 % et elles ont maintenant droit à des vacances, à des congés et à d’autres protections sociales, comme l’ensemble des autres travailleuses et travailleurs. La reconnaissance de leur droit à la syndicalisation a carrément changé leur vie et leur profession.

Dix ans plus tard, tout n’est pas parfait, bien sûr. Les RSE ont franchi des étapes importantes sur le chemin de la reconnaissance. Cependant, elles sont bien conscientes que la lutte pour la défense et l’amélioration de leurs conditions de travail n’est pas terminée.

Après des années d’isolement, la solidarité syndicale a permis à ces milliers de femmes d’obtenir enfin le respect qui leur était dû. Traitées injustement pendant des années comme de simples « gardiennes » à la maison, les RSE voient enfin leur expertise et le caractère éducatif de leur travail être considérés à leur juste valeur. Il était plus que temps, car ces travailleuses en petite enfance sont les premières à intervenir auprès de nos enfants et à les accompagner dans leur développement afin de les préparer à leur entrée à l’école.

Dix ans plus tard, le jugement Grenier mérite toujours d’être célébré, par les RSE, bien sûr, mais encore plus largement par toutes les femmes qui luttent chaque jour pour une société plus égalitaire. Il donne également espoir à toutes celles et ceux qui subissent encore des conditions de travail indécentes, et il est la preuve qu’il vaut toujours la peine de se battre jusqu’à la victoire.

Joyeux 10e anniversaire de syndicalisation à ces milliers de RSE, des femmes courageuses qui ont montré la voie à suivre devant l’injustice !

Sonia Éthier, présidente

CSQ

Valérie Grenon, présidente

FIPEQ-CSQ