Une seule profession de foi me suffit

Les plus vieux ont sûrement compris de laquelle je parle. Quoique, s’il doit y en avoir une autre, je la professerai envers les scientifiques sur le climat.

Mme Stéphanie Fortin, directrice des affaires publiques de GNL Québec, semble convaincante dans sa lettre d’opinion livrée dans Le Quotidien du 8 juin. En fait, selon sa description, le projet ne polluera pas, ou si peu : 1 % annuellement de tout ce qui est produit en GES au Québec ; 421 000 tonnes de GES qui, de surcroît, seront carboneutralisés ; en d’autres mots, acheter le droit de polluer. Comment GNL Québec y parviendra-t-elle ? Silence radio, sauf pour nous dire que la Chaire en éco-conseil de l’UQAC va s’en occuper. Comment ? On n’en sait rien.

Mais, faisons confiance à la directrice, qui prétend que sa compagnie contribuera, avec son projet, à réduire de 28 millions de tonnes par année les GES sur la Terre. Des détails précis ? Non, rien de cela non plus. À cet effet, les seuls propos livrés au grand public furent, à ma connaissance, ceux du député Sylvain Gaudreault. Par exemple, que dans les pays potentiellement acheteurs de gaz naturel, si c’est pour remplacer le charbon, oui cela va réduire les GES. Seulement, dans les pays qui veulent se défaire du nucléaire ou en train de le faire, comme l’Allemagne, cela va les augmenter. La belle affaire !

Mme Fortin a un argument pour évacuer la production des GES en amont du projet : les puits et le gazoduc sont déjà en opération depuis nombre d’années. Mais cet argument ne tient pas la route. Les onze millions de tonnes de gaz traitées par année au port de Grande-Anse par GNL vont s’ajouter à ce qui s’exploite déjà en Alberta et qui circule dans le gazoduc qui traverse déjà le pays. Non ? Également, Mme Fortin tait le fait que le gazoduc de 750 km au Québec pour acheminer le gaz à Saguenay reste à construire ; une nouvelle infrastructure laissant fuir potentiellement du méthane, 85 fois plus polluant que le gaz carbonique.

Quant à l’aval du projet dans le fjord du Saguenay, Mme Fortin n’explique pas ce qu’elle nomme laconiquement « l’impact sur les milieux marins ». Cela fait pourtant partie des grandes préoccupations de la population : la protection de la biodiversité, la pollution de l’eau, une zone industrialo-portuaire dans le fjord du Saguenay. Un joyau patrimonial rendu méconnaissable !

Non, malgré les mots rassurants de sa directrice, le projet de GNL, si vanté écologiquement, ne va pas contribuer aux efforts de lutte aux changements climatiques, à mon sens.

Au contraire, l’urgence climatique maintenant à nos portes nécessite, à tout le moins, de ne pas ajouter des GES à ceux qu’on a déjà peine à contrôler. Prendre malgré tout cette direction, c’est aller à contre-courant des défis gigantesques posés par l’accord de Paris.

Marcel Lapointe

Jonquière

+ CARBONE BORÉAL ET LES BOUES ROUGES

M. Claude Villeneuve, notre sommité en environnement et en développement durable, est l’initiateur d’un projet pour financer la recherche sur des thématiques liées à la séquestration de carbone en forêt boréale. Des entreprises peuvent acheter des crédits de carbone pour compenser les émissions de GES liées à leurs activités polluantes, et ce, par la plantation d’arbres.

Un exemple, parmi les acheteurs de crédits de carbone boréal, les Cowboys fringants ont financé la plantation de 34 000 arbres qui s’avéraient nécessaires pour compenser les émissions d’une de leurs tournées de trois ans.

Dans le cadre de son projet Vaudreuil 2022, Rio Tinto veut implanter un dépotoir de déchets industriels de 110 hectares dans le boisé panoramique qui sert de zone tampon à ses activités industrielles qualifiées de nuisances par Saguenay dans son schéma d’aménagement et son plan d’urbanisme.

J’ai une question pour vous, M. Villeneuve : pouvez-vous nous dire combien Rio Tinto devra-t-elle acheter de crédits de carbone boréal pour compenser la coupe de près de 50 000 arbres dans le boisé panoramique et quel endroit serait le plus approprié pour la plantation de ces arbres ?

Hélène Savard

Présidente du Comité de citoyens pour un Vaudreuil durable (CVD)

Réponse de Claude Villeneuve :

Bonjour Mme Savard,

Pour répondre à votre question, Rio Tinto ne peut pas « acheter » des crédits de carbone boréal pour compenser les 50 000 arbres que vous dites qu’elle coupera dans le boisé panoramique. Nous ne vendons pas des arbres, mais nous attribuons le CO2 que ces arbres vont fixer pour compenser des émissions de CO2. Dans le cas que vous soulevez, l’enjeu n’est pas les émissions de gaz à effet de serre, mais le changement d’usage des terres. La loi sur l’environnement prévoit que lorsqu’une activité provoque la destruction d’un milieu naturel, le ministère de l’Environnement et de la Lutte contre les changements climatiques peut exiger une compensation, par exemple par la protection ou la création d’un milieu équivalent. Généralement, cela ne s’applique que pour les milieux humides. Dans le cas des 50 000 arbres, la compagnie pourrait créer ou protéger une forêt équivalente sur des terres qu’elle possède le plus près possible du site, ou prendre une entente avec Saguenay pour le faire.

J’espère que ces explications vous seront utiles.

Claude Villeneuve

Chroniqueur Le Quotidien

Directeur de la Chaire en éco-conseil

Université du Québec à Chicoutimi