Stéfanie Trudeau

Une occasion manquée

Dimanche soir dernier, quelque chose d'autre que l'éclipse lunaire attirait mon attention. C'était l'entrevue de Stéfanie Trudeau, «la matricule 728», à «Tout le monde en parle».
Comme beaucoup de Québécois, je voulais comprendre le pourquoi des interventions de Mme Trudeau, afin de réfléchir sur la police que nous avons et sur la police que nous voulons. «Matricule 728» est devenue, il y a quelques années, un symbole populaire d'oppression. En 2012, elle reflétait l'image d'un État qui semblait vouloir enlever au Québec son penchant «providence» en ouvrant la porte à l'intransigeance. En écoutant l'entrevue, ma déception fut absolue. Dans une ambiance de vengeance, qui ressemblait plus à une cour de récréation qu'à un studio de télé, on s'est engagé à un vrai lynchage de la personne de l'ex-agente. On ignorait les (intéressants) faits qu'elle exposait (légalité de ses gestes, politisation de la police, etc) pour ridiculiser son «air agressif». Il m'a paru que le média qui accuse Mme Trudeau (et la police en général) d'intolérance, n'a pas pu franchir ses propres préjugés, préférant la dérision au débat respectueux et constructif. C'était trop facile de s'attaquer à cette femme homosexuelle imposante qui semble incarner tous les stéréotypes du policier «baveux».
À mon avis, l'émission a manqué une précieuse opportunité de susciter une réflexion sérieuse sur nos institutions démocratiques. L'entrevue ne nous a malheureusement pas donné l'occasion de réfléchir sur la police que nous voulons, mais m'a au moins permis de penser au média que je ne veux pas. Celui qui ridiculise au lieu d'informer, de questionner.
Rodrigo Brignani Peres
Alma