Une mesure d’efficacité énergétique

OPINION / Madame Brochu,Votre récente nomination comme présidente-directrice générale d’Hydro-Québec arrive dans un contexte perturbé qui appelle à la solidarité et vous aurez un rôle important à jouer afin de poursuivre et de bonifier le nouveau Plan stratégique 2020-2024 d’Hydro-Québec.

(L’auteur de cette lettre, adressée à Sophie Brochu, nouvelle présidente-directrice générale d’Hydro-Québec, est Jean Paradis, fondateur de Négawatt production inc.)

Un plan dont les deux premiers objectifs sont : « Contribuer à la réduction des émissions de gaz à effet de serre dans l’ensemble de nos marchés et alimenter le développement économique du Québec. »

Lors de plusieurs déclarations à la suite de votre nomination, vous avez également évoqué différents objectifs que vous vous êtes donnés. Parmi ceux-ci, l’un d’eux m’interpelle particulièrement : celui d’accroître nos mesures d’efficacité énergétique.

Comme vous, l’efficacité énergétique est un de mes sujets d’intérêt et d’expertise. J’ai contribué, comme membre du conseil d’administration de l’Agence de l’efficacité énergétique du Québec, à son émergence à la fin des années 1990 et j’ai aussi été actif dans le domaine de l’efficacité énergétique pendant plus de 25 ans comme président fondateur de l’entreprise Négawatts production inc.

Un promoteur américain propose de liquéfier à Saguenay du gaz méthane qui proviendrait de l’Ouest canadien à travers un gazoduc de plus de 780 km traversant le Québec. Après avoir été extrait à 85 % par fracturation, ce méthane serait exporté outre-mer, sous forme liquide, dans d’immenses méthaniers à travers le majestueux fjord du Saguenay.

L’entreprise voudrait utiliser notre hydroélectricité pour alimenter le procédé de liquéfaction de son usine projetée.

À ce titre, j’ai une mesure d’efficacité énergétique à vous proposer!

En refusant de gaspiller 550 MW de puissance de notre hydroélectricité durant au moins 25 ans fermes pour la liquéfaction de gaz méthane à Saguenay dans le cadre du projet GNL, notre société d’État se trouverait à garder plus de 5 TWh d’énergie annuellement, pendant ces 25 années. Hydro-Québec pourrait l’utiliser plus judicieusement en la mettant au service de réelles actions pour lutter contre les changements climatiques. Entre autres : favoriser la conversion des modes de transport, rendre nos entreprises plus indépendantes des hydrocarbures et convertir davantage nos productions agricoles à l’électricité, afin de participer plus activement à l’indépendance alimentaire du Québec.

En plus, ce geste irait directement dans le sens d’une politique énergétique responsable protégeant l’utilisation de notre patrimoine hydroélectrique pour la lutte aux changements climatiques.

Comme c’est si bien souligné dans le nouveau Plan stratégique 2020-2024 d’Hydro-Québec :

« Notre énergie est un formidable atout pour réduire les émissions de gaz à effet de serre non seulement au Québec, mais aussi au-delà de nos frontières. L’électrification constitue également un puissant vecteur d’enrichissement pour la collectivité québécoise. »

L’entreprise américaine GNL ne serait pas dépourvue, car elle pourrait utiliser le gaz méthane acheminé par son gazoduc pour alimenter le procédé de liquéfaction de son usine projetée.

De son aveu même, le promoteur GNL a toutes les capacités d’alimenter le procédé de liquéfaction de son usine avec une partie des 15 milliards de mètres cubes de gaz méthane par année qui lui viendraient de l’Ouest canadien. Et comme vous le savez bien, si le gaz méthane n’est pas consommé pour alimenter le procédé de liquéfaction de son usine projetée à Saguenay, il le sera ailleurs outre-mer. Devant ce subterfuge, personne n’est dupe, soyez-en certaine.

Madame Brochu, vous avez l’occasion de marquer d’un coup d’éclat très structurant le début de votre mandat. De démontrer que votre déclaration, « On va tous changer », se concrétise rapidement en orientant ces 5 TWh annuellement pour « électrifier le Québec et être un leader de la transition énergétique », une des stratégies du récent plan stratégique.

Merci de l’attention portée à cette proposition.