Le terrain de la Consol

Une lutte citoyenne qui finit bien

OPINION / J’ai appris la semaine dernière, par la voix des médias, que la Ville avait enfin acquis le terrain de Port-Alfred et accepté les conditions posées par Produits forestiers Résolu et initialement formulées par le Comité pour l’avenir du site de la Consol (le CASC). Ceux qui, comme moi, comptent parmi les militants de la première heure se réjouiront de cet heureux dénouement.

Ils se rappelleront les débuts hésitants du CASC, les brunchs laborieusement organisés pour un financement populaire de ses activités, et entre autres la tenue d’assemblées conduites par la Chaire en écoconseil de l’UQAC pour entendre et synthétiser les souhaits de la population concernant l’usage de ce terrain en bordure de mer. Ils se diront, comme moi, que leur engagement en faveur d’une vocation publique de ce terrain aura valu la peine. N’auront pas été vaines les heures passées en réunion à discuter de stratégies afin de convaincre tant la Ville que PFR de souscrire à leur objectif.

Tout mouvement citoyen qui remporte un certain succès se voit, tôt ou tard, récupéré par des forces supérieures. Le Comité n’échappa pas à cette règle. Lorsque se firent entendre, il y a deux ans, les rumeurs voulant que PFR soit sur le point de céder le terrain à la Ville, une corporation vint avaler le comité, s’appropriant son logo et son sigle. Et c’est ainsi que LE CASC devint LA CASC. Si j’ai alors accepté de me joindre à LA CASC, c’était surtout pour m’assurer que les résultats des études de la chaire en écoconseil continueraient à faire partie des priorités de la nouvelle corporation. Pour prendre la mesure de la différence, il faut comparer les objectifs.

Le comité avait des vues modestes, celles de redonner aux citoyens l’accès à ce terrain afin qu’ils profitent mieux du merveilleux plan d’eau qu’est la baie des Ha ! Ha ! Avec l’engagement de la Ville d’en faire un parc – comme le rapportait Le Quotidien dans son édition de vendredi dernier – le comité a atteint son objectif. La corporation a voulu voir plus grand. Après avoir rêvé un moment de se porter elle-même acquéreuse du site, elle planifia la construction d’un pavillon doté d’espaces disponibles pour tous vendeurs d’expériences sportives aquatiques, estivales ou hivernales. Si tel devait être l’avenir du site, il s’agirait assurément d’une utilisation commerciale des lieux. L’entente entre la Ville et PFR vient briser ces beaux rêves, puisqu’a été exclue toute construction commerciale. Si la Ville s’en tient à cet engagement, elle rencontrera les souhaits initiaux des citoyens.

Maintenant que l’entente est signée, que deviendra LA CASC ? Motivée par les projets d’affaires pilotés au cours des deux dernières années, elle ne peut plus se réclamer d’être la voix de la volonté citoyenne. Elle ne peut désormais que se transformer en lobby, et tenter d’influencer les décisions de l’administration municipale pour favoriser les visées mercantiles des uns et des autres. Comme je n’ai aucun intérêt commercial à faire valoir, il va de soi que ma présence au sein de cette organisation perd tout son sens. Je me dois donc de démissionner comme membre du conseil d’administration et je me dissocie dorénavant de ses activités futures.

Eric Tremblay

Président fondateur de l’ancien CASC

Professeur au Cégep de Chicoutimi

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LE « PAS LE CHOIX » DE LA MRC

J’ai un gros doute sur la prétention de la MRC à ne pouvoir dire non ou imposer quoi que ce soit à Port Saguenay sur le projet d’un port sur la rive nord du Saguenay pour accueillir Arianne Phosphate.

Pour une raison évidente. Port Saguenay n’a pas juridiction sur le secteur visé pour la construction du port. Il suffit de consulter le site de l’organisme pour s’en convaincre.

« Les eaux navigables de l’Administration portuaire du Saguenay consistent en toutes les eaux de marée de la rivière Saguenay en amont d’une ligne imaginaire tirée en travers de cette rivière entre le cap à l’Ouest et la rivière Pelletier jusqu’à une autre ligne imaginaire située en aval du pont de Sainte-Anne, distante et parallèle à soixante-dix-mètres (70.00 m) du centre dudit pont. »

Nous sommes donc en territoire de la MRC du Fjord du Saguenay.

Pour décharger Arianne Phosphate des exigeantes démarches pour construire et financer des installations portuaires dans le secteur retenu, Port Saguenay en est devenu le promoteur.

À l’époque de Jean Tremblay et de son bras droit Ghislain Harvey, alors président du CA de Port Saguenay, on avait envisagé de demander l’élargissement de la zone de juridiction de l’organisme fédéral jusqu’aux limites de Parc Saguenay. Sauf erreur, ça n’a pas été fait.

Le BAPE (Québec) a émis il y a quelques mois de sérieuses réserves sur la rentabilité et l’impact environnemental du projet. Comme le gouvernement Couillard avant lui, le gouvernement Legault soutient activement le projet qui a été approuvé par l’Agence canadienne de l’environnement (fédéral). Manifestement, la MRC du Fjord du Saguenay est prête à tous les compromis pour avoir les installations portuaires sur son territoire.

Laval Gagnon

Chicoutimi