Les organisateurs estiment que 80 pour cent de la clientèle assistant à «La Fabuleuse histoire d'un Royaume» provient de l'extérieur du Saguenay-Lac-Saint-Jean.

Une fabuleuse histoire de famille...

L'année 1988 était à peine amorcée quand Ghislain Bouchard, directeur de l'École de langue de l'Université du Québec à Chicoutimi, mettait tous ses parents et amis à contribution pour monter un méga spectacle historique afin de souligner le 150e anniversaire de la naissance de la région du Saguenay-Lac-Saint-Jean. Avec Olivette Hudon, mère de ses enfants et sa compagne de toujours, il se lance dans cette aventure toute voile dehors faisant fi des moments de découragement et du scepticisme de certains de ses détracteurs.
Son expérience de la scène, celle d'Olivette pour la réalisation des costumes de théâtre, combinée à celle de la logistique de groupe que le couple a acquise en dirigeant l'école de langue, les nombreux appuis de leurs proches collaborateurs, comme le regretté Stan d'Haes, le chorégraphe, Louis Wauthier, les musiciens Laprise, la famille Corneau font en sorte que le projet obtient l'aval du comité des Fêtes du 150e et celui du conseil municipal de l'époque. Bouchard et sa troupe acquièrent le droit de transformer le Palais municipal, témoin de l'histoire du hockey régional, en gigantesque salle de théâtre afin d'accueillir sur scène plus de 200 participants.
Il fallait voir la réaction des Baieriverins incrédules alors que des centaines de lourds camions déchargeaient leur chargement de sable fin sur plus des trois quart de ce que fut la surface glacée. Et plus encore, à la première de la Fabuleuse histoire d'un royaume, sous une chaleur de plomb, sur des bancs de bois sans air conditionné. On avait prévu que quelques représentations, mais la demande fut telle qu'elle a convaincu les élus de La Baie de poursuivre l'année suivante.
1989, La Fabuleuse sort de l'ombre
Les premières représentations de l'été 1989 ne font pas salle comble. Il aura fallu faire appel aux médias traditionnels de l'époque pour faire connaître le produit, mais ce n'est véritablement qu'après le passage de la troupe à Mont-Secret en Normandie, en août 1989 (200e de la Révolution française) que la Fabuleuse se révélait au reste du monde.
À lui seul, ce voyage d'une délégation de 225 Bleuets en France, avec armes et bagages, représente un exploit pour cette époque d'avant l'arrivée d'internet où il fallait encore tisser soi-même sa toile. Imaginez, il fallait trouver des chevaux, des vaches, des moutons et des porcs, sans compter les voitures d'époque qu'il aura fallu faire venir d'un musée de l'autre côté de la Manche, en Angleterre.
Pire, il fallait recréer des décors, une scène extérieure, devant une carrière de pierres. Creuser une rivière pour représenter le Saguenay et bâtir des gradins pour plus de 3000 personnes
Et la troupe comprenait des ados et des plus jeunes encore qui demandaient plus d'encadrement. Des ados aujourd'hui parents dont les enfants vivent l'expérience théâtrale de groupe de la Fabuleuse. Il fallait loger tout ce monde dans un petit village d'à peine quelques centaines de personnes.
Quand le premier soir, après le couché tardif du soleil sur la Normandie, les "Indiens" se sont présentés en ouverture de la pièce, les spectateurs envoûtés n'ont pu jamais rompu le silence des lieux. Et quand les pompiers arrivèrent en trombe pour éteindre les incendies provoqués par les feux d'artifice de la finale, la foule ne cessa d'applaudir, convaincue que ces diantres de Québécois avaient vraiment pensé à tout pour en mettre plein la vue.
De la démesure comme le souhaitait, Ghislain Bouchard, qui n'aura pu survivre à l'oeuvre de sa vie. Une gigantesque et magnifique histoire de bâtisseurs qu'on peut encore apprécier après 26 ans.
Richard Banford