Le maire de Saguenay, Jean Tremblay.

Une élection cruciale

OPINION / À Saguenay, les vents du changement soufflent pour l'instant du côté des candidatures indépendantes, nombreuses et variées, à l'approche des prochaines élections municipales.
Il y a quelques mois à peine, l'automne dernier, la joute électorale annonçait un duel classique entre deux partis, dans le contexte plus compétitif de 15 districts électoraux. Entre les deux, un groupe disparate de candidats indépendants. Mais la situation a rapidement évolué depuis lors, devenant plus complexe, plus imprévisible. Manifestement, le départ anticipé de Jean Tremblay secoue sérieusement le monde municipal, créant en quelque sorte un vacuum politique annonciateur de mouvements électoraux de forte amplitude. Les jeux sont loin d'être faits. En ce qui me concerne, voilà qui est sain pour la démocratie municipale de la métropole régionale.
Plusieurs de ces candidatures indépendantes proviennent de conseillers déjà en place, bien affichés comme Simon-Olivier Côté, Marc Petersen, Carl Dufour, Jonathan Tremblay, Julie Dufour et François Tremblay. Ces deux derniers, ouvertement identifiés comme opposants au maire, semblent de moins en moins enclins à se joindre à l'ERD. Plusieurs autres candidatures indépendantes s'ajouteront vraisemblablement à celles de Charles Cantin, Michel Thiffault, Raynald Simard, Catherine Morissette et Mathieu Thibeault. Quant à la mairie, au moins une candidature indépendante est connue, celle d'Arthur Gobeil, ancien vice-président régional de Raymond Chabot Grant Thornton, et président de la Société de la Vallée de l'aluminium.
Du côté des partis politiques, le Parti des citoyens de Saguenay aura comme objectif de maintenir les fondamentaux du régime Tremblay qui exerce le pouvoir sans partage depuis plus de quinze ans.
À quelques mois du congrès, il n'y a pas de course déclarée, ni même officieuse, à la chefferie du PCS, aucun aspirant à la mairie n'a encore fait part de ses intentions. Le PCS a par contre recruté deux candidats en vue dans son équipe déjà garnie de six conseillers. Mais le parti devra sans doute lutter contre l'impression que l'organisation est marquée par l'usure du pouvoir, incapable d'incarner le renouveau tant attendu, visant surtout à pérenniser le régime en place. L'Équipe du renouveau démocratique tentera une deuxième fois d'accéder au pouvoir, celle-là avec Josée Néron à sa tête. Dans un contexte de grande fébrilité politique, l'ERD ne semble pas avoir capitalisé sur le départ du maire dans le recrutement de candidats. Même s'il a mis en sourdine son statut d'opposition officielle et qu'il bénéficie de l'appui tacite de milieux progressistes, le parti n'affiche encore aucun candidat potentiel à l'échevinage. La chef Josée Néron reste la seule personnalité politique avec le retrait de la conseillère Christine Boivin. L'ERD s'affaire à peaufiner son programme et mettre en place son organisation électorale. Mais l'incertitude quant au recrutement de candidats demeure.
Contrairement aux adeptes des partis qui font valoir l'utilité voire la nécessité d'une gouvernance partagée de la ville et d'une meilleure planification du développement municipal, les «indépendants» estiment souvent qu'ils causent surtout «de la chicane» et soutiennent vouloir être directement et plus librement au service du citoyen.
Par ailleurs, la divulgation certes nécessaire des scandales à la Commission Charbonneau a malheureusement renforcé un courant d'opinion défavorable aux partis, créant une confusion éthique dans la perception populaire. La corruption, la collusion et la malveillance ne peuvent être automatiquement associées aux partis politiques ni aux candidats indépendants. Elles prennent généralement racine et s'incrustent dans la recherche et l'exercice du pouvoir et les privilèges qui en découlent.
Pour l'heure, il est important de resituer le débat démocratique municipal dans une juste perspective. Dans plusieurs villes québécoises d'importance dont Saguenay, les rapports du Directeur général des élections montrent que les élections de 2013 ont été caractérisées par une impressionnante diversité démocratique, autant dans le profil et le nombre de candidats à la mairie et l'échevinage que dans leur appartenance à un parti ou comme indépendant. Ici comme ailleurs au Québec, les élections de l'automne s'annoncent de la même façon, même mieux, avec plus d'intensité et d'expressivité. Cette précieuse diversité sera probablement au rendez-vous. À Saguenay, la joute électorale d'automne revêt une importance cruciale. On le sait tous. Il faudra débattre. Le fardeau de la preuve appartient donc aux partis et aux candidats à la mairie et à l'échevinage, indépendants et partisans. Ils devront se faire valoir, convaincre les citoyens de leur compétence, exposer leur programme, leur conception de la démocratie municipale, leur vision de l'avenir de la ville. Aux citoyens de bien analyser l'offre, d'en discuter, de réfléchir et de faire leur choix pour quatre ans.
Laval Gagnon, Chicoutimi