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Une Chambre de commerce interventionniste, mais peu représentative

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Le Quotidien
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OPINION / Le 16 décembre, au lendemain de l’annonce par le gouvernement de restrictions additionnelles pour les commerçants en raison de la pandémie, des médias régionaux ont cru bon de laisser la directrice générale de la Chambre de commerce et d’industrie du Saguenay–Le Fjord (CCISF), Sandra Rossignol, commenter la situation. Pour ma part, je déplore l’importance que l’on accorde à cet organisme, qui refuse de rendre publique la liste de ses prétendus mille membres.

Par Clément Fontaine, Chicoutimi

Dans cette entrevue, Mme Rossignol se borne à soutenir l’ardeur consumériste de la population avant le reconfinement partiel du 25 décembre, mais ses récentes interventions concernant des enjeux plus controversés ont choqué beaucoup de gens, incluant, sans doute, de nombreux entrepreneurs de notre région.

Rappelons quelques faits édifiants.

En mai dernier, la CCISF a organisé, en collaboration avec les autres chambres de commerce de la région, une visioconférence sur le développement économique, à laquelle participait Dominique Anglade, à la veille de son accession à la direction du Parti libéral du Québec (PLQ). Mme Rossignol, tout comme la directrice des relations publiques de GNL Québec, Stéphanie Fortin, était ravie d’avoir pu faire dire à Mme Anglade qu’elle était en faveur des « grands projets » pour notre région. Pourtant, aucun de ceux-ci n’avait été mentionné dans les échanges.

Dans un article qui prêtait à confusion, Le Quotidien a rapporté l’événement de telle sorte que l’on pouvait en conclure que Mme Anglade appuyait Énergie Saguenay. La nouvelle cheffe du PLQ a dû par la suite démentir cette information.

Guy Cormier, président du Mouvement Desjardins, est un invité très prisé de la CCISF. En octobre 2019, le vice-président de son Aile jeunesse avait ouvertement souhaité que M. Cormier se prononce en faveur des fameux grands projets.

Ce ne fut pas le cas, bien au contraire. Lors de la tournée En mouvement pour la relance socio-économique, organisée conjointement par la Fédération des Chambres de commerce, le PDG du Mouvement Desjardins a soulevé l’importance de la question environnementale et a encouragé nos gens d’affaires à dépasser le modèle de développement basé sur l’exploitation des ressources non renouvelables à des fins d’exportation. Il privilégie plutôt une économie circulaire.

Toujours l’automne dernier, nous apprenions que le ministre québécois de l’Environnement et de la Lutte contre les changements climatiques avait abandonné son projet d’instaurer une aire marine protégée dans le fjord du Saguenay, destinée à sauvegarder la principale ressource alimentaire du béluga. Parmi les influenceurs qui sont intervenus auprès du ministre Benoît Charette, se disant inquiets des conséquences d’une telle mesure sur le développement économique de la région, figurent le député conservateur fédéral Richard Martel, Rio Tinto et la CCISF.

Dans la faible proportion de mémoires favorables au projet Énergie Saguenay déposés au BAPE, on trouve sans surprise celui de la CCISF. Il reprend servilement les arguments avancés par le promoteur, déjà relayés depuis des mois sur le site Web de l’organisme en guise d’information à ses membres. Les mémoires des autres chambres de commerce de la région sont à l’avenant, tout comme celui de la Fédération des chambres de commerce du Québec.

La FCCQ affirme représenter 50 000 compagnies exerçant dans tous les secteurs de l’économie sur l’ensemble du territoire québécois et prétend favoriser un développement durable. Elle invoque l’acceptabilité sociale du projet Énergie Saguenay dans la région en reprenant l’interprétation abusive que les partisans de l’entreprise ont faite des résultats d’un sondage Segma réalisé il y a plusieurs mois. Mais, fait inédit, la FCCQ mentionne un autre sondage favorable à 80,7 % à GNL Québec que la CCISF aurait mené auprès de... 114 de ses membres. Une poignée de gens d’affaires dont, encore une fois, le public ignore l’identité !