Ce contenu vous est offert gratuitement, il ne vous reste plus de contenu à consulter.
Créez votre compte pour consulter 3 contenus gratuits supplémentaires par jour.

Une autre occasion ratée

Carrefour des lecteurs
Carrefour des lecteurs
Le Quotidien
Article réservé aux abonnés
OPINION / Lors d’un week-end récent, dans le cadre de la rubrique «Entre elle et lui», les journalistes Patricia Rainville dans le coin gauche (vert) et Normand Boivin dans le coin droit (gris) ont croisé le fer sur un sujet controversé revenu à l’avant-scène depuis peu: la pertinence du bac brun à Saguenay.

Par Marcel Lapointe, Jonquière

J’appuie sans condition Mme Rainville pour la clarté, la logique et le réalisme de ses propos. Quant à M. Boivin, pourfendeur de l’utilisation du bac brun, dont la position m’est apparue alambiquée, j’y ai vu de la mauvaise foi. Le seul propos que je lui reconnais, par ailleurs, est quand il écrit: «Saguenay aurait dû s’associer avec le Lac-Saint-Jean; mais dans la région, demander aux élus de travailler ensemble, c’est une tâche insurmontable.» En effet, s’il est un dossier où les deux sous-régions auraient pu et dû collaborer, à partir de la disposition de nos déchets putrescibles jusqu’à la production de compost et/ou de biogaz, c’est bien celui-là.

À LIRE AUSSI: Un bac et ses vers

À LIRE AUSSI: Le méchant bac brun

Le modèle existe déjà au Québec: une approche environnementale circulaire éprouvée à Victoriaville et Saint-Hyacinthe, notamment. Nul besoin d’aller voir dans les vieux pays, à fort prix, pour mettre de l’avant la recette gagnante, comme l’a fait l’ex-maire Jean Tremblay. Mais quand le climato-je-m’en-foutisme associé au manque de courage politique (je pense, ici, à nos propres échevins), la procrastination jusqu’à plus soif est la solution tout indiquée.

C’est pas mêlant! Sauf quand l’instinct grégaire s’impose, comme là en pandémie, ça ne veut pas travailler ensemble au Saguenay-Lac-Saint-Jean. On se regarde comme des chiens de faïence, par p’tite politique et mesquinerie interposées à propos d’un dossier qui devrait tous nous concerner et faire l’unanimité. Seulement, cette fois, c’est de ce côté-ci de la frontière que les pinceaux se sont emmêlés.

Tous ces cris du coeur et d’orfraie par éditoriaux, chroniques, opinions aux lecteurs, chambres de commerce, sommets régionaux, table régionale des élus, nostalgie des conférences régionales des élus interposés dans les médias. Du pipeau! Il y a là relent à vous pincer le nez; de la poudre aux yeux qui finit par vous aveugler. On se désintéresse des vrais enjeux, on regarde ailleurs, à la grande satisfaction d’une minorité confortée dans les habitudes du passé qui profite de la division.

Maintenant que le débat acerbe et exacerbé par les préjugés, l’individualisme, les mensonges, les a priori, l’ignorance, a eu son effet sur le peuple, Saguenay sera la dernière, le village gaulois, à se rendre. Fierté jusqu’au-boutiste pour montrer aux Québécois qu’ici, les descendants des 21 sont faits d’un bois qui n’existe nulle part ailleurs.

Tous ces Saguenéens qui ont voté pour empêcher que la Ville achète des bacs bruns lors d’un référendum en 2018 seront fiers d’avoir porté la croix et la bannière pour une cause perdue d’avance. Les raisons politiques et le manque de conscience écologique n’auront pas raison de la loi, quoiqu’en pensent celles et ceux, qui, comme Normand Boivin, refuseront d’utiliser leurs bacs bruns, défrayés à même leurs taxes.

Pire! Les fidèles rebelles de la poubelle, version vingtième siècle, dégoûtés par les asticots d’un bac brun mal entretenu, verront leurs bacs verts se remplir bien plus vite que l’arrivée des jours de vidanges. Dérangés par les relents pestilentiels? Tant pis pour eux, si c’est la seule façon de leur mettre un peu de plomb dans la tête. L’implacable étau se refermera sur eux au fur et à mesure que la proportion des pro-environnement augmentera.

Quand deux composantes d’une même région n’arrivent pas à s’entendre sur un dossier comme celui de se solidariser pour composter, voire biométhaniser; quand des élus municipaux font passer leurs intérêts personnels et le comptage des votes avant le bien commun et la nécessaire lutte aux GES, je subodore que jamais, au grand jamais, le mur de l’esprit de clocher ne finira par être abattu.