Un rêve d’avenir au bout du fjord

Le toujours premier ministre du Québec, M. Philippe Couillard, et l’ex-maire de Saguenay, M. Jean Tremblay, inaugureront en 2022, au cœur même de Saguenay, le très grand et haut dépotoir de Rio Tinto.

Constitué de deux montagnes de résidus de bauxite, d’une hauteur de cent pieds (100), ce dépotoir sera bien visible au bout du fjord. Nos deux leaders pourront-il dire fièrement la nouvelle devise de la ville : « Au bout du fjord un royaume ».

Situation

Ce dépotoir est situé entre Arvida et Chicoutimi à 500 mètres de plusieurs quartiers (Dubose, Panoramique, Chemin de la Réserve et Saint-Jean-Eudes). Deux montagnes, dont l’une, imaginez-vous, érigée sur le lac de bauxite partiellement asséché, et l’autre dans le secteur des ruisseaux qui, gonflés par le débordement de la rivière Chicoutimi lors du déluge de 1996, sectionnèrent le boulevard Saguenay au pied de la côte Saint-Jean-Eudes.

Cicatrice au bord du fjord

Après avoir profité pendant près d’un siècle de la puissance énergétique de nos rivières, voilà l’héritage que Rio Tinto s’apprête à laisser à ses bienfaiteurs que nous sommes tous. Ce projet de dépotoir surélevé, basé sur une vision à court terme, laissera une cicatrice perpétuelle et indélébile aux abords du fjord.

Comment messieurs Tremblay et Couillard ont-ils pu traiter ce projet de Rio Tinto avec autant de désinvolture ? 

L’un modifie avec empressement le plan d’urbanisme de la ville, et l’autre rejette avec le même empressement l’évaluation de ce projet par le Bureau des audiences publiques en environnement (BAPE).

Hereford et Anticosti

Dans un autre dossier, M. Couillard, après s’être prononcé contre l’enfouissement de la ligne électrique qui traverse le parc du mont Hereford en Estrie, change d’idée. Malgré les 60 millions nécessaires à ce projet, il se dit maintenant favorable parce que les pylônes d’Hydro-Québec mutileraient la beauté de ce paysage somme toute isolé de l’Estrie.

Il en est de même pour le pétrole de l’île d’Anticosti. 

Le gouvernement de M. Couillard renie les engagements pris et défraie des compensations de 61,5 millions aux pétrolières pour maintenant appuyer la municipalité d’Anticosti et ses 250 habitants afin que l’île ne soit pas mutilée et soit reconnue comme site du patrimoine mondial de l’UNESCO. 

À Saguenay

Ici, mutiler le cœur de la ville de Saguenay, aux abords du fjord, en mettant en péril la santé, la sécurité et la quiétude de milliers de personnes (6 500) mérite également qu’on change d’idée. Nos leaders scientifiques universitaires doivent se prononcer. 

Notre nouveau conseil de ville doit reconsidérer sa position ainsi que notre premier ministre. 

Rio Tinto se doit de démontrer sa responsabilité citoyenne en mettant les efforts requis pour que le projet Vaudreuil au-delà de 2022  ait une acceptabilité sociale pleine et entière. 

Rio Tinto contribuerait ainsi à ce qu’Arvida demeure « la Joconde de l’histoire industrielle » (Réf. Le Quotidien, consultation du Conseil du patrimoine culturel du Québec, édition du 17 novembre 2017), et soit à la hauteur d’un site du patrimoine mondial de l’UNESCO, statut qu’elle réclame. 

Vision à long terme 

C’est avec une vision à long terme et un esprit d’innovation qu’il est possible de trouver une solution assurant un meilleur avenir pour les résidants, les travailleurs ainsi que pour l’image et le profit global de Rio Tinto ; je réfère Rio Tinto à son document « Notre approche de l’entreprise », daté de juin 2015, énonçant les principes directeurs et valeurs de l’entreprise soit : le respect, l’intégrité, le travail d’équipe et la responsabilité.

Il y est également écrit : « Dans la vie comme dans les affaires nous sommes jugés sur notre réputation et sur la manière dont nous réagissons aux défis. »

Voilà le défi pour Rio Tinto : maintenir les 1000 emplois de l’usine Vaudreuil tout en assurant la sécurité de la communauté de Saguenay ; il en va de sa réputation.

C’est dans cette optique que nos dirigeants, leaders scientifiques et la compagnie pourront dire : « Au bout du fjord un royaume »

Jean-Yves Langevin, Saguenay

Rectificatif

Dans la lettre que j’ai publiée dans Le Quotidien du 30 novembre, j’ai écrit que la somme à verser à Ghislain Harvey pour rendre ce contrat public était 1 000 000 $ alors que j’aurais dû écrire 100 000 $. 

C’est une erreur involontaire, mais qui demeure inacceptable. J’en assume la responsabilité et je m’en excuse.

Gilles Bergeron, économiste, Saguenay