Un réseau tourné vers l’avenir

Le 1er février dernier, Alain Dubuc dans les pages de La Presse+ laissait entendre que le vrai problème de l’UQAM tenait non pas à son caractère public, mais bien à son appartenance au réseau de l’UQ. En tant que présidente de l’Université du Québec, il est de mon devoir de contredire de tels propos.

Rappelons d’abord que l’Université du Québec est un réseau de dix établissements autonomes, dotés de caractéristiques distinctives. Avec les UQAM, UQTR, UQAC, UQAR, UQO, UQAT, INRS, ENAP, ÉTS, TÉLUQ, le réseau diplôme en 2018 le tiers des étudiantes et étudiants universitaires de tout le Québec. Le quart d’entre eux affirment qu’ils n’auraient pas fréquenté l’université si leur établissement n’avait pas existé. Grâce au réseau, des pas de géants ont été franchis pour le rehaussement du taux de diplomation au Québec, particulièrement chez les francophones. Depuis la création du réseau de l’Université du Québec, il y aura bientôt 50 ans, les établissements ont décerné ensemble près de 700 000 diplômes. De plus, ce réseau a permis le développement de savoirs et leur transmission en assurant l’établissement de chercheurs de calibre international sur tout le territoire, suscitant ainsi le développement de jeunes carrières dédiées à l’excellence. Avec de tels résultats, comment expliquer les préjugés tenaces qui persistent à l’égard de l’Université du Québec et qui entravent encore aujourd’hui son développement? Examinons quelques faits.

De l’accessibilité et de l’excellence. Parce que le Québec a besoin de tous ses talents, les établissements de l’Université du Québec accompagnent toutes les personnes ayant le désir et la capacité de rehausser leur niveau de scolarité, selon un parcours et des programmes qui répondent aux mêmes normes et standards de qualité que ceux de toutes les universités québécoises. À preuve, tous les programmes de ces établissements ont été évalués et recommandés par les mêmes instances d’assurance qualité et selon le même processus imposé à toutes les institutions universitaires québécoises. Au final, non seulement les étudiants obtiennent-ils leur diplôme, mais plusieurs se démarquent au moment des examens nationaux des ordres professionnels, pour l’obtention de bourses prestigieuses ou encore dans le cadre de compétitions étudiantes nationales et internationales.

Des établissements d’envergure internationale. L’attractivité et l’internationalisation d’une institution ne sont pas liées à la taille de la ville ou à la région où elle est sise. Concernant les établissements de l’UQ situés en région, leur attractivité se mesure entre autres au fait que, en 2016, plus de la moitié de leurs étudiants provenaient d’une autre région du Québec ou de l’étranger. Leurs chercheurs travaillent dans le cadre de collaborations internationales tout autant que leurs pairs. Plusieurs ont développé des expertises uniques sur des problématiques étroitement reliées à la réalité de la région où ils oeuvrent principalement et qui rayonnent au Québec, au Canada et dans d’autres pays, attirant chez nous étudiants, chercheurs postdoctoraux et professeurs de toutes les nationalités. 

Un dynamisme en recherche. La recherche est une activité essentielle dans les établissements du réseau de l’UQ qui se positionnent au sein d’une forte concurrence, comme le confirment les faits suivants : 

- Parmi les universités canadiennes sans faculté de médecine, le réseau de l’Université du Québec est en tête du classement de 2017 pour son volume total de recherche, avec 200 M$ obtenu en financement de recherche;

- L’INRS, l’UQAR, l’UQAC et l’UQAT se sont positionnés parmi les meilleures universités de recherche au Canada dans leur catégorie selon Re$earch Infosource;

- Le réseau a obtenu 79 chaires de recherche du Canada attachées à des domaines variés, à la suite de concours nationaux évalués par les pairs. 

Pourtant, ce portrait flatteur masque une réalité consternante : même si la diversité de la recherche est reconnue comme la meilleure stratégie pour en maximiser les retombées dans une société comme la nôtre, la conception de programmes gouvernementaux de financement de la recherche, notamment en matière d’infrastructures, a pour effet de concentrer les investissements au sein d’un petit nombre d’institutions. Les résultats des concours de plusieurs programmes fédéraux sont éloquents à cet égard. Sans un tel frein, les établissements de l’Université du Québec pourraient mener le Québec encore plus loin.

Un modèle à valeur ajoutée. La majorité des États américains développent leurs universités en réseaux et ce sont eux qui ont inspiré la création de l’Université du Québec il y a 50 ans. Unique au Québec et au Canada, ce modèle suscite maintenant l’intérêt des Européens. Il est performant sur le plan des coûts puisqu’il est fondé sur le partage des ressources, des expertises et des services. Tous les établissements contribuent activement au réseau, notamment à travers les collaborations pour des programmes d’études et de recherche, et ils en tirent également des bénéfices importants.

Les Québécois peuvent être fiers du système universitaire riche et diversifié qu’ils se sont donné. À l’aube de ses 50 ans, l’Université du Québec invite les citoyens et le gouvernement à renouveler leur engagement envers l’enseignement supérieur comme levier de développement économique, culturel et social.

Johanne Jean

Présidente de l’Université du Québec