Un Québec tout en chansons

OPINION / La chanson accompagne nos vies et elle ponctue souvent des moments précis de notre existence. Que serait Noël sans les sempiternelles classiques que sont Mon beau sapin, Noël blanc ou 23 décembre de Beau Dommage ? Un jour de l’An sans entendre une chanson de la Bottine souriante, ce n’est pas digne d’un vrai jour de l’An.

Nos plus grands humoristes du Québec ne sont jamais plus drôles, plus vrais ou plus touchants que lorsqu’ils chantent. Je pense ici à toutes ces chansons de Clémence Desrochers avec, entre autres, La vie d’factrie. Lorsqu’ Yvon Deschamps chantait ces lignes sur scène : « Aimons-nous quand même/Aimons-nous malgré l’amour », on était touché, tant l’humoriste savait si bien toucher nos cordes sensibles. L’ancien groupe Paul et Paul n’a jamais été plus drôle que lorsqu’il chantait : « C’est Noël, car il neige dans ma tête ».

Même en politique, la chanson est souvent bien présente. Quand René Lévesque a fait son discours le 20 mai 1980 à la suite du résultat du référendum, il a demandé à la foule réunie devant lui de chanter Gens du pays de Gilles Vigneault, tel un chant d’espoir malgré la terrible défaite.

Au Québec, plus qu’ailleurs, la chanson fait partie de nos gènes et de notre identité. Elle est l’objet d’une grande fierté. Je ne peux ici m’empêcher d’évoquer -à cet effet- Le tour de l’île et l’Hymne au printemps de Félix Leclerc, deux grandes chansons qui expriment à merveille l’âme québécoise.

Alors, pour la nouvelle année qui vient, j’aimerais souhaiter aux Québécois encore plein de belles chansons qui nous rassemblent.

Yvan Giguère

Saguenay

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LA SCIENCE ET NOUS

OPINION / Après avoir pris connaissance de plusieurs enquêtes effectuées auprès d’une vingtaine de « bâtisseurs » de systèmes représentatifs de la science d’aujourd’hui, je tiens à signaler que, malgré toutes les incertitudes, la passion de l’absolu hante toujours l’humanité, et ce, jusqu’à voir le scepticisme comme une doctrine suicidaire, fermée sur elle-même.

Entendons-nous bien. Il ne s’agit pas de réagir contre le fait de douter, mais contre une école de pensée qui, depuis Pyrrhon (IIIe siècle avant Jésus-Christ), érige le doute en système et qui, par là, cherche à étouffer le mouvement même de la recherche au nom d’une sagesse tellement insipide qu’elle ne se définit que par des négations qui nous incitent à l’indifférence, à l’inaction, puisque l’idéal préconisé consiste à parvenir à l’absence de passions, à la tranquillité de l’âme, à la mort spirituelle.

Bien sûr, le doute peut se comprendre comme un dialogue intériorisé, une méthode de recherche, une suspension momentanée du jugement... ou une véritable déchirure comme chez saint Augustin. Mais le sceptique le plus connu n’est-il pas celui qui, à l’instar de l’agnostique, « s’établit dans son doute comme dans un état définitif » ?

Pour Ludwig Wittgenstein, il y a un « paradoxe du doute indissolublement lié à la croyance comme l’ombre à la lumière ». Manifestement, le doute surgit à partir de convictions qui le précèdent et le rendent possible. C’est dire que les postulats de la méthode scientifique reposent sur un choix existentiel indémontrable, mais dont on ne peut faire abstraction sans oublier l’essentiel. Or, personne ne peut vivre sans croyances. Et le doute qui alimente la démarche scientifique « exige au minimum que l’on croit en sa puissance explicative ». Soyons conséquents : la formule « ne croire en rien » exige, pour faire sens, que l’on doute du doute lui-même. Ce n’est donc pas sans raison que le philosophe Léon Chestov notait que ce sont justement les « sceptiques proclamés » qui soutiennent avec le plus d’ardeur le système qu’ils ont définitivement admis. L’astrophysicien Carl Sagan ne s’accroche-t-il pas, malgré ses réserves, à la théorie du « Big Bang » comme s’il s’agissait d’une sorte de « miracle laïque » qui « arrange tout le monde », disait Ilya Prigogine ? La science n’est jamais hors de la société. « Chaque savant, observe le mathématicien René Thom, travaille dans un camp qu’il a choisi en fonction de l’idée qu’il se fait a priori du monde et de lui-même ». Ainsi, si la physique et la métaphysique s’avèrent totalement distinctes, elles restent néanmoins indissociables. Car l’homme n’est pas réductible à ses méthodes. C’est pourquoi certains scientifiques rappellent que l’homme n’est pas un simple phénomène parmi les phénomènes, prisonnier d’une frivole confusion, où tout s’équivaut. Pour Albert Einstein, il est indéniable « qu’à notre époque généralement vouée au matérialisme, les savants sérieux sont les seuls hommes qui soient profondément religieux ».

De même en est-il pour Louis de Broglie ou Alexeï Lossev : tout indique chez eux que la recherche scientifique devient contemplation active dans la mesure où elle découvre que le monde est intelligible, qu’il existe une connivence fondamentale entre l’ordre et la beauté de l’univers et la lumière de la conscience. Ce n’est donc pas par hasard que le célèbre Dostoïevski avertissait déjà ses lecteurs : « La science, écrivait-il, ne pourrait un seul instant subsister sans la beauté ! Le savez-vous, vous qui riez ? Car elle dégénérerait en platitude et vous seriez incapables d’inventer ne fût-ce qu’un simple clou ! »

Certes, la connaissance scientifique diffère de la lecture élémentaire du texte biblique, mais il ne faut pas oublier qu’elle ne répond à aucune des interrogations essentielles soulevées. Car tout indique qu’il existe une véritable « ruse de la raison », qui n’est pas celle dont parle Hegel, et dans laquelle la raison se fait passer pour ce qui explique et non pour ce qui est à expliquer !

André Désilets

Trois-Rivières