Un peu de positif

OPINION / Depuis quelque temps voire quelques années, on entend surtout parler des lacunes des services offerts aux personnes âgées dans les résidences et foyers qui les hébergent.

Ayant côtoyé ce milieu avec mes frères et sœurs dans l’accompagnement de notre mère décédée à la fin d’avril, il m’apparaît important de faire part d’une expérience élargie de ce réseau :

— Foyer privé autonome et semi-autonome

— Hôpitaux (un hôpital et un centre de réhabilitation)

— CHSLD

Dans chacune de ces institutions, un manque de personnel occasionne certes parfois des écarts avec les attentes du bénéficiaire ou de ses proches. Vitement cependant, le professionnalisme, l’empathie, le don de soi des intervenants, du spécialiste au personnel de soutien (« mopologistes » inclus), ont su haut la main combler les lacunes et les quelques maladresses rencontrées.

Il est certain que dans chacun de ces milieux ma mère n’a pas retrouvé le bien-être de sa maison à savoir :

— Repas préparés selon ses goûts et à une heure coutumière

— Bains pris à la fréquence voulue

— Réponse aux besoins et autres demandes

— Visite amicale à la personne seule.

Pour les deux derniers points, une part de responsabilité incombe aussi à la famille dans sa relation avec l’être cher et dans sa relation avec le personnel de ces institutions.

Prenons aussi le temps de voir la qualité du service prodigué, ne laissons pas le négativisme monté en épingle sur des cas isolés et souvent non mis en contexte, négativisme nourri par les médias sociaux. 

Pour notre part, nous voulons, mes frères, mes sœurs et moi, manifester notre appréciation aux personnes attentionnées qui ont fait la différence tant pour nous que pour notre mère. Ils ont su jour après jour rendre des services de haut niveau malgré des situations difficiles, compte tenu entre autres des conditions de leurs clients.

Merci en particulier aux responsables et au personnel des institutions suivantes :

— Manoir Champlain (services autonomes et semi-autonomes) 

— Hôtel-Dieu de Chicoutimi (urgence, départements de chirurgie, de pneumologie, de soins palliatifs)

— Centre de réhabilitation de l’hôpital de la Baie

— CHSLD

Ginette Wauthier

Québec

Un coup de dés

Bel intérêt porté de ma part au texte du journaliste Daniel Côté paru dans Le Quotidien du 7 mai et qui se voulait en quelque sorte un portrait de Jean-Pierre Vidal, ancien professeur de littérature à l’UQAC, écrivain et fier citoyen du monde, inscrit en lettres majuscules dans la modernité.

Cet intellectuel accessible et fort sympathique participe au congrès de l’ACFAS, cette semaine, réunissant 3000 chercheurs à Chicoutimi. Vidal est un érudit qui a les deux pieds bien ancrés dans notre époque, mais qui a toujours eu le regard posé vers le futur. Je me souviens fort bien du professeur Vidal, un beau jour de septembre 1982, alors que j’étais étudiant en lettres à l’UQAC. Celui-ci avait posé une colle à ses étudiants lors de son premier cours de la session. « Quel écrivain français a écrit : Un coup de dés jamais n’abolira le hasard ? » Imaginez, pas un étudiant de la classe n’a pu répondre à ladite question. Faut dire qu’en 1982, aucun d’entre nous n’avait accès à Internet via un téléphone portable. Internet n’était pas encore facilement accessible. En fait, il aurait suffi de taper : « Un coup de dés n’abolira jamais » sur Google, pour avoir presque instantanément la réponse. Mais Vidal nous avait donné jusqu’au cours de la semaine suivante pour trouver la réponse. Et l’exercice a valu la peine puisque, pendant une semaine, nous avons procédé à une recherche intensive à la bibliothèque de l’université pour trouver réponse à la question.

Et notre professeur ne nous avait pas indiqué s’il s’agissait d’un romancier ou d’un poète. Si bien qu’une semaine plus tard, aucun d’entre nous n’avait réussi à dénicher le nom de l’auteur tant recherché.

Et c’est avec un air narquois, empreint de compassion, que notre professeur inscrivit au tableau la réponse : Stéphane Mallarmé, grand poète français du 19e siècle.

Vidal venait de m’offrir sur un plateau d’argent cet engouement que je porterais dorénavant à Mallarmé et du même coup à d’autres poètes de la fin de ce siècle que sont Baudelaire, Rimbaud et Verlaine. Plus tard, ce fut pour Paul Éluard, poète issu de l’école du surréalisme qui écrivit lui aussi un vers célèbre : « La terre est bleue comme une orange. » Mallarmé et Éluard étaient, à leur manière, de grands chercheurs du domaine littéraire. De grands praticiens de la poésie. Et c’est nul autre qu’un chercheur émérite, un sémioticien réputé qui me les fit connaître et aimer. Et j’ai nommé Jean-Pierre Vidal.

Et c’est lui aussi qui me poussa à m’adonner à la poésie et à écrire un court poème, qui remporta en 1986 le 1er prix de la catégorie « Quatre lignes » du concours de la revue La Bonante du département des lettres de l’UQAC. Le poème a pour titre Approche nominale. « Le souffle des formules humaines éblouit/À la rencontre des corps d’axes parallèles/Sur des hypothèses d’attachements verbaux/Que le temps d’aimer fourvoie dans son calcul. »

Tout comme moi, des jeunes passionnés de littérature moderne de l’époque, tels Daniel Danis et Hervé Bouchard, remportèrent des prix à ce concours qui perdure encore aujourd’hui. Et Jean-Pierre Vidal fut l’un des premiers à nous encourager à poursuivre notre passion d’écrire et éventuellement, à publier. On connaît la suite pour le dramaturge qu’est devenu Daniel Danis, traduit en plusieurs langues, ou encore pour Hervé Bouchard, un de nos plus brillants romanciers.

Alors que dire de plus que merci à vous, Jean-Pierre Vidal, pour votre encouragement et bravo pour votre contribution essentielle à l’essor de notre littérature d’expression française.

Yvan Giguère

Saguenay