Un pêcheur désabusé

OPINION / Nous nous sentons pris en otage par notre ville, Saguenay. Tout a débuté lors de la saison 2010, qui fut une saison où dame Nature a mis les associations de pêche blanche à rude épreuve tellement le climat n’était vraiment pas propice à un embarquement sur les glaces du fjord du Saguenay.

Mais comme il y avait plus de 1500 propriétaires de cabanes à pêche, la pression fut si forte sur les associations par les mordus de cette activité, et aussi par les commerçants, qui ont eu leur lot de mauvaises nouvelles avec des fermetures de plusieurs gros commerces et industries, qu’elles ne pouvaient se permettre de se passer des 5,5 M$ de retombées économiques que cette activité rapporte.

Alors, même si les glaces n’étaient pas de très bonne qualité, les bénévoles décidèrent de donner le « go » à l’embarquement pour que les villages prennent forme, et la plupart des pêcheurs qui s’étaient installés n’ont eu droit qu’à deux semaines de pêche, car il y avait un risque majeur pour l’ensemble des villages.

C’est alors que les autorités concernées, soit Saguenay, la Sécurité publique de Saguenay et Pêches et Océans Canada ont pris une excellente décision, soit de sortir des glaces toutes les cabanes, et cela le plus rapidement possible, ce qui fut fait dans un temps record de trois jours pour l’ensemble des villages. Et voilà ce qui fut la dernière année des associations de pêche blanche et de tous leurs bénévoles. 

L’ère de notre ancien maire Jean Tremblay et de son dauphin Luc Boivin, alors échevin de cet arrondissement, débute avec pour mandat de faire un grand ménage sur cette activité. Et voilà, nous allions vivre du changement. Bien sûr, la sécurité passait en premier et je trouvais ça bien normal. Oui, il y avait plusieurs lacunes du côté de la sécurité, de mon point de vue. Oui, j’étais d’accord pour renforcer l’aspect sécurité, même si jamais il n’y a eu de mortalité lors de la pratique de cette activité, sauf quelques événements souvent causés par des personnes téméraires et cela nous a fait mauvaise presse. 

Saguenay s’est approprié toute la gestion et le droit d’instaurer de nouvelles normes et réglementations sans qu’aucun propriétaire ne puisse dire quoi que ce soit. Souvent, les nouveaux règlements sont décidés par des fonctionnaires et ingénieurs qui n’ont jamais même mis une ligne à l’eau, et lors de la réunion annuelle tout était coulé dans le béton avec des spécialistes de toutes sortes (pompiers, agents des pêches, etc.).

L’année dernière, ils nous ont sorti les balances pour connaître le poids des cabanes. Nous savions très bien qu’il allait y avoir quelque chose de nouveau, et voilà que lors de la dernière réunion, ils ont sorti leur fameuse charte des épaisseurs requises de glace effective pour chaque catégorie de poids. Toute une gestion frustrante pour chaque propriétaire.

Ils ont même invité les propriétaires de plus grandes cabanes à rapetisser les superficies, et cela en pleine réunion qui a eu lieu au mois de novembre. Mais disons que M. Boivin n’avait pas intérêt à sortir cette nouvelle réglementation avant les élections, alors imaginez la stupéfaction des 300 propriétaires de cabanes présents à cette réunion.

Depuis plusieurs années, nous avons dû attendre vers le 20 janvier avant que les glaces n’atteignent le 12 pouces requis pour s’installer et avoir droit à un maximum de six semaines de cette activité, alors imaginez maintenant avec cette charte. Plus les cabanes sont de dimensions importantes, moins les pêcheurs en profitent pour le même montant que coûte une saison.

Les places de stationnement sont maintenant aussi très restreintes pour les visiteurs. Imaginez la maman avec ses enfants stationnés hors du village, car le stationnement affiche complet : cela va être agréable, et en plus il faut payer 5 $ pour accéder à la glace.

Alors là, c’en était assez de cette folie de vouloir nous prendre pour des imbéciles, car à l’échelle de la province, nous sommes la seule place à être soumise à une telle gestion.

Même avec une année de froid sibérien battant des records de 40 ans, nous n’avons pu débuter l’embarquement que le 16 janvier, soit deux à trois semaines plus tard comparativement aux autres endroits où se pratique ce loisir. Il y a toujours des raisons : l’eau est salée, les courants marins, le Saguenay est différent, les fonctionnaires travaillent de 8 h à 16 h, la fin de semaine ils ne travaillent pas, le congé des Fêtes, il neige, etc.

C’est comme si ici, on est complètement à part. Le monde en a assez de tous ces irritants qui ne cessent d’arriver chaque année depuis que la Ville règne sur cette activité. Anciennement, les bénévoles avaient tout comme nous hâte de s’installer, car eux aussi étaient des passionnés.

Maintenant, les statistiques démontrent très bien que nous étions 1500 en 2010 et l’an passé 1200. Cette année, si on dénombre 1000 cabanes, cela va être bon. Alors tout comme bien des propriétaires de cabane, j’ai décidé après 27 ans de pratique de cette activité avec ma famille et amis, de passer à d’autres loisirs moins irritants et de dépenser mes 2000 $ ailleurs qu’à La Baie. Alors, si la Ville continue ce genre de gestion et prend des décisions parfois très discutables, moi je suis pas mal inquiet que la décroissance de cette activité ne fasse que se poursuivre. En espérant que notre mairesse Josée Néron y voit au plus vite et arrête cette gestion à la Jean Tremblay.

Jean Desbiens

Jonquière