Un paradoxe indigeste

OPINIONS / Péché capital, la gourmandise ? Et celui consistant à fermer les yeux sur les populations affamées ? La famine a refait surface en Somalie, en 2017. En 2013, plus de 250 000 humains y ont trouvé la mort à cause d’une famine qui s’est abattue sur la Corne de l’Afrique. Si bien que dans un article du Monde Diplomatique, une journaliste faisait part de son incompréhension devant tout ce gaspillage de nourriture dans les pays riches. Par exemple, toutes ces carottes croches que les grandes chaînes d’alimentation du Royaume-Uni refusent de placer sur leurs étalages, parce que laides aux yeux du consommateur. Plutôt que de les vendre en spécial, ou tout simplement les offrir à des organismes humanitaires qui gèrent des crises alimentaires de populations affamées, on les jette aux poubelles. Moins de troubles...

Ici au Canada, les crises alimentaires existent également, mais sournoisement ; particulièrement au cours des fins de mois dans des familles sur le bien-être social, quand, par exemple, le soutien de famille se retrouve en état de contrainte sévère à l’emploi. Alors, le revenu familial tombe subitement à 70 % des besoins de base, parmi lesquels se retrouve la quantité de lait nécessaire à la croissance normale des enfants. Mais croyez-le ou non, ici, d’un océan à l’autre, au nom de la sacro-sainte règle protectionniste des quotas de lait, il est monnaie courante de voir jeter sans le moindre remord des quantités de lait qui pourraient, au demeurant, contenter des milliers de famille aux prises avec la pauvreté. À titre d’exemple, en février dernier, il s’est jeté un million de litres de lait à l’égout. Stupéfiant ! 

Un mot qui revient à satiété quand on parle de la survie des entreprises incluant les fermes laitières est innovation. Les producteurs laitiers, qui récemment lors d’un colloque sur le bioalimentaire au Lac-Saint-Jean proclamaient le slogan « De la terre à l’assiette », s’interrogent-ils, de temps à autre sur ce qu’ils pourraient faire du lait produit au-delà des quotas qu’ils font passer directement de la terre à la terre, pour protéger leur lucratif marché ? Cette confrérie qui se veut de plus en plus restreinte à mesure que disparaissent les fermes familiales (de 14 000 à 5400 depuis 25 ans), va devoir, un jour rendre des comptes à l’opinion publique qui commence à en avoir soupé du dogmatisme haranguant de l’UPA. On n’a pas accepté le principe « socialiste » de la gestion de l’offre pour se faire rouler dans la farine, nous les consommateurs qui acceptons de payer plus cher qu’ailleurs le lait par solidarité envers les producteurs laitiers. La solidarité, ça marche des deux bords.

En plus, partis comme nous le sommes, seuls les humains issus des géniteurs de la confrérie des producteurs laitiers pourront poursuivre leur œuvre et en profiter. Vous pensez que j’exagère ? Saviez-vous qu’un jeune agriculteur qui réussit à s’acheter à crédit une ferme et des bêtes doit, en plus, acheter des quotas de production à un prix supérieur à un million et demi de dollars pour soixante-dix vaches laitières ? L’association des gondoliers de Venise, qui protège jalousement sa chasse gardée, peut bien aller se rhabiller.

Dans un article paru dans Le Quotidien du 12 avril dernier, titré Redistribuer les aliments gaspillés, Stéphane Leclerc, chef de service à l’hôpital de Dolbeau-Mistassini, coin de pays où 15 % de la population ne mange pas à sa faim, a déclaré ceci : « Au Québec, 40 à 50 % de la nourriture est jetée. » Gageons que le lait discarté n’en fait même pas partie. Mais faut dire que ce n’est pas en promettant de régler ce problème, sans jeter le bébé avec l’eau du bain, qu’un parti politique peut espérer gagner une élection.

Marcel Lapointe

Jonquière

Un référendum

Selon les informations publiées dans Le Quotidien du 7 avril par le réputé et crédible chroniqueur sportif Phil Desgagné, une guerre de clocher se dessine entre l’arrondissement Jonquière et celui de Chicoutimi en ce qui concerne la construction d’un nouvel amphithéâtre à Chicoutimi. Pour le secteur de Jonquière, les conseillers sont contre le projet tandis qu’à Chicoutimi, ils sont favorables à un projet au centre-ville qui inclurait la rénovation du stationnement de l’autogare.

Après décompte, on se retrouverait avec six conseillers de Jonquière défavorables au projet et six pour à Chicoutimi. Que feront les élus du secteur de La Baie ? Car en y regardant de plus près, ce sont eux qui auront le sort du projet entre leurs mains. C’est exactement ce qu’a dit un conseiller de La Baie à Phil Desgagné pas plus tard que la semaine dernière. Pour ma part, je sais qu’un conseiller de La Baie est contre ce projet parce qu’il favorise la construction d’une bibliothèque dans l’ancienne église Saint-Édouard.

Alors, il y a un fort risque que le projet de nouvel amphithéâtre multifonctionnel soit mis sur la glace pour plusieurs années encore conséquemment à un manque de consensus au sein de notre conseil municipal. Pour ma part, je suis d’accord que mes taxes et mes impôts servent à financer ce projet, mais ce n’est pas le cas pour tous. Avant d’aller de l’avant dans cet important projet de société, qui aura des retombées importantes pour les saines habitudes de vie, sociales et économiques, pourquoi ne pas tenir un référendum ? Le conseil municipal désire que Saguenay soit une ville intelligente ? Eh bien ! il faut que les citoyens se prononcent. Cela fait partie de notre identité. 

Christian Joncas 

Saguenay