Un mal identitaire

M. François St-Gelais, Comment pourrais-je ne pas réagir à votre récent éditorial intitulé : «Saguenay :un nom sensible»? Sensible! Absolument d'accord! J'ajouterais même plus que jamais actuel, puisqu'il touche aux relations que nous entretenons quotidiennement entre citoyens d'une même ville et entre membres d'une même famille.
Beaucoup de gens trouvent que ce débat s'éternise indûment et je suis de ceux-là. À mots à peine voilés, vous dites que le choix du toponyme Saguenay est une erreur. Vous reprenez ce faisant les mots de nombreux intervenants qui l'ont clairement exprimé. Tout récemment, Guillaume Lavoie, brillant observateur de la scène politique, issu de Jonquière, parlant de Chicoutimi disait: «C'est le plus beau des noms, celui qui a le plus d'histoire. Même Jules Verne en a parlé... On s'est égaré, mais la raison doit maintenant primer.» Dépassé, Guillaume Lavoie pensez-vous? Pourquoi la solution à ce problème tarde-t-elle à venir? À qui la faute? Au premier chef et sans l'ombre d'un doute, à nos politiciens.
De passage dans notre région en novembre dernier, l'historien Jacques Lacoursière disait: «Chicoutimi n'aurait jamais dû disparaître comme nom. C'est l'endroit où la civilisation saguenéenne s'est développée... Au moment des fusions sous le Parti québécois, l'ancienne ministre Louise Harel avait promis que le nom Saguenay passerait; cela a forcé la main de la Commission de toponymie du Québec.»
Il est clair que Mme Harel, une Montréalaise pure laine, ne connaissait à peu près rien de la situation bien particulière qui prévalait au Saguenay en 2002. De toute évidence, sa directive elle l'avait reçue d'en haut. On peut pardonner à M. Stéphane Bédard, à l'époque un député de deuxième rangée n'ayant guère plus de pouvoir qu'un député de l'opposition, de n'avoir pas pu s'imposer. De retour au pouvoir, aujourd'hui président du Conseil du trésor, poids lourd du gouvernement, il a tout le pouvoir qu'il faut pour suggérer une nouvelle avenue, initier une réflexion et qui sait, dans le respect, peut-être provoquer un changement qui sera profitable à l'ensemble de notre communauté. Mais le veut-il vraiment? Attend-il que la pression vienne d'en bas? Que l'actuel conseil municipal lui en fasse la demande expresse? Alors là, il peut dormir tranquille.
En novembre 2013, sur le site internet du journal Le Quotidien, la question suivante était posée : Devrait-on rouvrir le dossier du nom de Saguenay? Sur 1046 personnes ayant répondu, 53% disaient : oui, 43% non et 4% s'abstenaient.
Allez donc demander aux organisateurs des fêtes du 175e du Saguenay-Lac Saint-Jean pourquoi ils ont décidé de ne pas donner un espace particulier à la ville qui a été, depuis plus de 350 ans, le lieu privilégié de notre développement? Par ailleurs, attendre la semaine des trois jeudis, pour commencer à réfléchir sur la façon de soigner un mal identitaire qui, de façon insidieuse, mine nos relations entre citoyens n'est pas l'idée du siècle.
André-R Gauthier
Président
Mouvement Chicoutimi-Saguenay