Les recettes pompettes 

Un humour très discutable 

OPINIONS / Selon les derniers chiffres de l'ONU, de l'Afrique à l'Asie, en passant par l'Amérique latine et le Moyen-Orient, 795 millions de personnes souffrent de faim chronique sur la planète. Cela représente une personne sur neuf.
C'est énorme! Une question «showbiz» me tourmente quand je m'étonne devant ces tristes chiffres. Est-ce pertinent de diffuser des émissions comme «Les recettes pompettes» ? Le rapport? Pendant que 25 000 personnes meurent de faim chaque jour, Éric Salvail et une autre vedette québécoise, passablement amochés par l'alcool, se crêpent le toupet avec un kilogramme de beurre. Ce genre d'émission, malgré les cotes d'écoute importante, est un pied de nez gênant aux problèmes mondiaux.
Pour les néophytes, l'émission «Les recettes pompettes» est animée par Éric Salvail et a pour mission de recevoir chaque semaine un nouvel artiste pour cuisiner tout en éclusant quelques verres.
Le but est de faire rire... Or, à l'heure de la mondialisation et des réseaux sociaux, les 3,1 millions d'enfants de moins de 5 ans qui meurent chaque année ont-ils envie de rire avant de rendre l'âme?
Et les millions de personnes qui sont dénutries, humiliées, malades et maigres comme des chicots...
Ont-elles le goût de se marrer quand elles voient une chanteuse qui se maquille avec des oeufs, une livre de filet mignon ou de la crème fouettée en rigolant comme une dinde ivre? Pendant les 30 minutes de l'émission, alors que 600 000 Québécois se marrent comme des bossus, tant de ventres crient famine. Pour récapituler, alors que des centaines de dollars de nourriture sont jetées dans l'évier, sur les murs, le plancher ou dans les soutiens-gorge de certains artistes québécois, d'autres se débattent ici et là sur la planète pour quérir une poignée de riz.
Pour finir, il est possible que mon jugement soit qualifié d'impertinent. Comparer une émission québécoise aux problèmes de famine mondiaux? C'est charrié, non! Or, je considère cela autrement, car il faut enseigner les BONNES façons de faire à nos jeunes et la télévision est le véhicule tout indiqué pour procéder. Aussi, dans ma lettre, je n'ai pas discuté de toutes les règles de sécurité à observer dans une cuisine. Dans l'émission, l'un danse avec un couteau dans la main, l'autre ne prend pas garde au four ou au mauvais mariage de l'eau avec l'électricité... Je suis prof de 5e secondaire. Je suis contre ce principe de cuisiner en état d'ébriété, je suis contre le calage d'alcool et aussi, je dis aux jeunes de développer leur esprit critique devant de telles émissions qui se foutent carrément de l'humanité.
Chantale Potvin
Roberval