Un choix qui nous appartient

En réaction à l’opinion de Clément Martel dans le Carrefour des lecteurs du 25 avril 2018.

M. Martel, si vous légifériez, ce serait un mois alors que nous sommes toujours un pays libre. Donc, lorsque je vais faire mon tour en Floride, que je téléphone au Quotidien pour arrêter la livraison, devrais-je avoir le même droit avec mes retenues d’impôt et mes taxes municipales et scolaires ? Devrais-je ne plus avoir à payer pendant que je serai à l’extérieur ? Car voyez-vous, comme vous dites, ce sont les mieux nantis qui vont dans le Sud et ce sont aussi ces mieux nantis qui paient le plus d’impôts. 

Pour ce qui est des fonds de pension, lorsque j’ai commencé à travailler, il était de mon choix d’adhérer ou non au fonds de pension. J’y ai adhéré alors que d’autres ne l’ont pas fait, nous étions libres de notre choix. Pour ce qui est du bénévolat, on ne peut obliger personne à être bénévole, car ce ne sont pas tous les gens qui ont cela en eux. 

Il y a des gens qui ont économisé durant leur vie au travail pour se payer ce choix, alors libre à eux de le faire. Quand un jour, pour vous et Mme (Laura) Lévesque, arrivera la retraite, vous aussi pourrez faire votre choix de vie sans l’avis de personne et ce sera bien ainsi. Je vous ferai remarquer qu’aujourd’hui, plusieurs retraités sont de retour au travail et ce n’est pas pour rendre quoi que ce soit à la société, mais pour en empocher encore plus, et ils n’en ont rien à cirer du bénévolat, ce n’est pas payant.

Jean-Marc Perron, Saguenay

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La rentabilité de l’immigration, une lubie ?

Pour trop de Québécois, concernant l’immigration, tout se résume à sa rentabilité économique ; combien coûte et rapporte un immigrant à la société ? Les millions de dollars que nous coûte la migration américaine vers le Canada depuis l’élection du président Trump exacerbent les tensions entre les tenants de l’accueil des migrants et ceux qui voudraient les voir repoussés à la frontière. Mais encore faut-il voir les deux côtés de la médaille avant de se positionner.

Je connais une famille provenant de l’hémisphère sud qui a immigré à Saguenay il y a plus de 20 ans et dont les parents n’ont pas mis de temps à apprivoiser la société par la francisation et les petits boulots. Cela leur a permis de s’intégrer pour ensuite trouver de bons emplois qu’ils occupent toujours. Les enfants ? Trois filles merveilleuses, compagnes de vie de Québécois pure laine. L’une est archiviste médicale, l’autre est professeure à l’élémentaire et la plus jeune est infirmière. La littératie de la langue française ? Elles pourraient en montrer à nombre de Québécois de souche. L’universitaire de l’UQAC a réussi avec distinction son épreuve de français, alors que trop de jeunes francophones de souche y frappent la montagne de Sisyphe. Pour les deux autres, issues du collégial, l’épreuve de français uniforme n’a posé aucun problème. Malgré cela, il s’en trouve, de mauvaise foi, pour inverser le pouce devant pareil succès de ces néo-Québécois et les millions de leurs semblables ; à la manière d’Hitler face au succès d’un athlète noir aux olympiques.

Selon la représentante spéciale du secrétariat général des Nations unies pour les migrations internationales, Louise Arbour, l’apport de la mobilité humaine pour les pays d’origine et d’accueil n’est pas toujours considéré à sa juste valeur. C’est le cas au Québec où les propos haineux formulés par les membres de la Meute et leurs semblables sont trop souvent déversés sur la place publique pour être repris à leur compte par de nombreux citoyens en mal d’identité. Il faut savoir qu’aujourd’hui dans le monde, il y a près de 260 millions de migrants qui dépensent 80 % de leur revenu dans leur pays d’accueil. C’est trois fois l’aide que les gouvernements les plus riches envoient vers les pays pauvres.

Boriana Payanotova, au Québec depuis 20 ans, a témoigné de manière percutante dans le Devoir sur son apport financier à sa société d’accueil. « Dès mon arrivée, avec un diplôme d’études supérieures, j’ai versé dans le trésor public québécois la somme que l’État dépense pour un enfant né ici, de sa naissance jusqu’à la fin de ses études universitaires (soins de santé, congé parental, allocations familiales, éducation, bourses, etc.) ». Bref, c’est le pays d’origine de madame ayant assumé tous ces coûts qui a perdu son investissement. Et de poursuivre : « l’enfant qui j’ai mis au monde ici est québécois de langue et de culture, comme la très grande majorité des enfants nés de parents immigrants ». Reste à imaginer l’apport économique de l’enfant de madame Panayotova et des petits enfants, qu’il faut multiplier par le nombre de familles de descendance immigrante. « Ah oui, j’ai failli oublier, dit-elle, je travaille et je génère une plus-value. J’ai payé des impôts depuis mon arrivée au Québec, et je consomme. Bref, je contribue à l’économie au sens propre du terme. » Enfin, pour reprendre à peu de choses près ses dernières paroles : chaque fois, que l’on étale les millions que coûtent les migrants qui fuient les persécutions, pourquoi ne pas mentionner également la somme que les immigrants apportent au trésor public du pays d’accueil au fil de leur vie. Ce serait juste faire preuve de bonne foi envers des Québécois qui contribuent, d’une façon modèle, au développement de notre société aux plans social, culturel et économique.

Au Québec, selon le botaniste Alain Asselin, plus d’une espèce végétale sur quatre provient d’un apport étranger. Pourquoi faudrait-il qu’il en soit différemment des humains ? questionne le chroniqueur au journal Le Devoir, Jean-François Nadeau.

Marcel Lapointe, Jonquière