Proposer la gratuité est une idée «audacieuse», admet le président de la Commission sur l'éducation à la petite enfance. 

Un autre impossible

OPINION / Mardi, au terme de consultations publiques menées sur tout le Québec, la Commission sur l'éducation à la petite enfance déposait son bilan.
Pour l'essentiel, les commissaires demandent que les services de garde soient clairement reconnus comme un élément distinct, mais indispensable de notre système d'éducation. Ce avec quoi les signataires de cette lettre sont pleinement d'accord.
Les commissaires font également deux constats importants. Premièrement, on retrouve au Québec des services de garde de qualité, surtout dans les CPE ; mais, en général la qualité n'est que passable, et moins bonne dans les garderies à but lucratif. Deuxièmement, les enfants qui pourraient tirer le plus profit des services de garde de qualité y sont sous-représentés. Conséquemment, les commissaires recommandent de renforcer la qualité des services éducatifs à la petite enfance : formation minimale de niveau collégial pour toutes les éducatrices et évaluation systématique des services à tous les deux ans. Pour encourager la fréquentation des services éducatifs de qualité par les enfants les plus vulnérables, les commissaires demandent des efforts plus marqués de sensibilisation et de recrutement. Et pour éliminer un frein pour les moins fortunés, et en cohérence avec l'appartenance des services de garde à l'ensemble du réseau éducatif du Québec, les commissaires recommandent « d'assurer le plus rapidement possible la gratuité pour tous les enfants de 0 à 4 ans », comme on le fait depuis 1963 pour nos écoles primaires et secondaires.
Nous espérons vivement que ces recommandations sur le renforcement de la qualité et sur la gratuité éventuelle des services ne soient pas balayées du revers de la main sous prétexte que le Québec ne pourrait se le permettre. Il faut examiner tous les moyens à notre disposition pour voir comment nous pourrions y arriver. À commencer, par exemple, par l'élimination des tarifs pour les parents éligibles au crédit d'impôt de solidarité et pour tous les parents d'enfants de 4 ans inscrits en maternelle 4 ans (déjà gratuite) ou en CPE. Et toujours à condition que la qualité soit au rendez-vous. Il y a des périodes charnières dans la vie d'une société. La Révolution tranquille en fut une. Magistrale. Alors que le Québec était beaucoup moins riche qu'il ne l'est maintenant, les commissaires du rapport Parent osèrent recommander l'impossible : l'accès universel et gratuit à un réseau national de qualité aux niveaux primaire, secondaire et collégial. Cela marqua le début d'une longue et fructueuse période de développement pour le Québec. Toutes les données scientifiques dont nous disposons maintenant en neuroscience, en psychologie et en économie indiquent qu'il nous faut désormais vivement envisager un autre impossible pour donner un nouvel élan au développement du Québec : voyons comment !
Camil Bouchard (Ph. D.) Jean-Martin Aussant (Chantier économie sociale), Marie-France Bazzo (productrice), Pierre Fortin (UQAM), Tamara Lemerise (chercheure), Karel Mayrand (écologiste), Marie-France Raynault (UdeM), Marie Tifo (comédienne), Richard E. Tremblay (UdeM), Christian Yaccarini (Société de développement Angus)