Donald Trump

Trump fait des émules ici

OPINIONS / Le vendredi 3 février, la lettre aux lecteurs de Jacques André Fortin, pro-vie et dogmatique, m'a vertement courroucée.
Il a fustigé le chroniqueur, Claude Villeneuve, pour avoir pris le parti de ces millions de femmes qui deviennent enceintes après avoir été violées sous la menace et les coups par d'abjects individus. Selon M. Fortin, ces femmes n'auraient pas le droit de refuser de mettre au monde le produit d'actes barbares, lui qui appuie le décret de Donald Trump qui met fin à l'aide financière des États-Unis à l'avortement dans les pays pauvres. Fort des préceptes et commandements de la sainte Église catholique, Jacques André Fortin refuse ex cathedra de reconnaître aux victimes de viol le droit à l'avortement, quel qu'en soit le motif. Qui est-il, ce monsieur, pour remettre en question la prérogative des femmes de disposer de leur corps comme elles le veulent ? Les adeptes du trumpisme, on ne peut leur nier le droit d'expression, de parler en vertu de leur religion, évidemment, mais qu'ils s'attendent à se faire rembarrer si, aux yeux des femmes, ils dérapent.
Stéfanie Brassard
Saguenay
Rien n'est donc jamais acquis ?
C'est tout un prêche, que nous sert M. Jacques André Fortin dans Le Quotidien du 3 février. Il y avait longtemps que je n'en avais entendu un pareil. Je croyais même que ça ne se proférait plus, ce genre de sermon. Comme par un hasard cynique, sur la page même où ont paru ses propos, on voit une musulmane condamnée à la bastonnade pour infidélité. Qu'on ne s'en fasse pas, son amant n'a pas été inquiété.
M. Fortin, vous nous citez le livre de Jérémie. Si vous l'avez lu au complet, vous n'ignorez pas que l'Éternel y parle surtout de vengeance contre ceux qui ne le servent pas. Ses beaux conseils du genre : « Ne répandez point le sang innocent », il les contredit allègrement. Je vous propose aussi de lire le livre des Juges. On y raconte moult génocides perpétrés par les Hébreux, galvanisés par leurs héros, dont la main est précisément guidée par l'Éternel. Samson et sa mâchoire d'âne, avec laquelle il tue mille Philistins, ce n'est rien. L'Ancien Testament est rempli de meurtres, de nettoyages ethniques, de viols, de rapts, de mariages forcés... tout cela sous l'oeil bienveillant de l'Éternel.
Permettez-moi maintenant de vous ramener au lévitique, particulièrement au chapitre 27. Vous y verrez que, systématiquement, la valeur de la femme, exprimée en sicles, est de la moitié de celle du mâle. Le lévitique glose aussi abondamment sur l'impureté de la femme. Et on veut nous faire croire que l'Éternel aurait confié l'essentiel de son pouvoir créateur à un être inférieur, une moins que rien, un organisme affecté d'insuffisances congénitales, une créature sale et méprisable ? Allons donc ! Moi, cela me convainc que les religions ne sont pas inspirées par quelque dieu que ce soit, mais qu'elles sont plutôt des canulars montés de toute pièce par des hommes, avides de pouvoir et sans doute très préoccupés par leurs prérogatives sexuelles.
Trop fréquemment pour que ce soit innocent, l'homme se contente de soulager sa crampe génésique, alors que la femme en porte les conséquences. Et, pendant que l'homme s'acharne à perpétuer orgueilleusement son bagage génétique, y compris ses tares, la femme prodigue sans compter l'amour à notre descendance.
Enfin, pour en venir au sujet qui vous a inspiré, la femme qui a recours à l'interruption de grossesse ne le fait pas de gaîté de coeur. Elle sait mieux que n'importe quel mâle ce que ça implique moralement et sur le plan affectif. Elle le sent dans ses tripes, si on veut bien me prêter l'image. Mais, il y a toutes sortes de circonstances à considérer et je ne vois pas pourquoi nous lui dicterions sa conduite. Si vous n'avez pas encore évacué le mythe de son infériorité, il est grand temps que vous vous y mettiez. Enfanter, c'est une lourde responsabilité, que la femme doit être prête à assumer, car c'est elle qui sait vraiment ce que ça implique.
Bien sûr, la prévention des grossesses est toujours préférable, mais l'instinct n'est pas toujours si facile à harnacher ; il me semble que les hommes devraient le comprendre, eux qui ont des besoins si impérieux ! En outre, le débat sur l'avortement, au Québec, on l'a fait en long et en large. Mais vos propos me donnent à penser qu'on n'est jamais à l'abri d'un retour arrière, un retour même pas au Moyen-Âge, mais à l'Antiquité. Peut-être un jour plus près qu'on pense aurons-nous notre Trump.
Clément Martel
Chicoutimi