Travailleurs immigrants

OPINION / Vous vous souvenez de l’époque pas si lointaine où les Québécois pestaient contre les immigrants ? Ces derniers étaient qualifiés de « voleurs de jobs ». Aujourd’hui, les entrepreneurs plaident en faveur d’une invasion massive de travailleurs immigrants.

Pour eux, il faut maintenir le même rythme de production. C’est comme dire que les consommateurs d’ici, moins nombreux, devraient s’efforcer de maintenir leur niveau de consommation et même l’augmenter. Si c’est pour exporter des produits fabriqués, ça va. Mais si c’est pour que les consommateurs d’ici aient à consommer davantage, il y a là un problème. Pour le manque de main-d’oeuvre, n’y aurait-il pas lieu d’arrêter ou ralentir quelques machines ?

Autrefois, le dimanche était jour de repos pour quasi tout le monde. Pour des raisons de profits, 24 heures ne sont plus suffisantes dans une journée.

Autrefois, toute la jeunesse étudiante se faisait un devoir de travailler l’été pour gagner leurs études. Les familles comptaient plusieurs enfants. Maintenant, les familles ont moins d’enfants et ceux-ci profitent de l’aide de leurs parents. Aussi, les bourses d’études sont généreuses. Le pire, c’est que les enfants d’aujourd’hui lèvent le nez sur plusieurs emplois dans les domaines de l’agriculture, la restauration et autres services. C’est trop sale, c’est trop chaud, ce n’est pas assez payant, il y a trop d’heures travaillées. Pourtant, cela ne concerne pas l’emploi de sauveteur de plage et de piscine. Faute de main-d’oeuvre qualifiée dans ce domaine, cet été, des piscines ont dû demeurer fermées ou avoir des horaires d’ouverture réduits.

Bon nombre d’étudiants ont leur auto, font un voyage dans le Sud et se comportent comme des parvenus. Il n’y a pas de déshonneur à cueillir des fruits. Autrefois, des familles complètes allaient jusqu’en Ontario pour cueillir des tomates.

D’autres restaient en province pour cueillir des fraises, des bleuets, des pommes et d’autres fruits ou légumes.

Aujourd’hui, des Mexicains, des Guatémaltèques et des gens d’autres pays du Sud sont heureux, six mois l’an, de cueillir des concombres de serres à Saint-Félicien au Lac-Saint-Jean, de travailler dans des serres horticoles à Saint-Nazaire et d’autres pour la plantation d’arbres pour la régénération de la forêt, faire des récoltes de culture dans les champs et travailler dans des fermes laitières. Six mois par année, ces travailleurs immigrants gagnent suffisamment, ici, pour faire vivre honorablement leur famille parfois nombreuse et aussi pour construire une maison adéquate dans leur pays d’origine. Tant mieux et merci à ces travailleurs qui ont la motivation. Aussi, bravo aux jeunes d’ici qui comprennent que ce n’est pas à 25 ans que l’on apprend le sens et la discipline du travail et la mise en oeuvre de ses talents et aptitudes. Quant au besoin de main-d’œuvre, peut-être, comme quelqu’un a dit, il n’y a pas un manque de travailleurs, mais on a besoin de « travaillants ».

Martin Belley

Saint-Nazaire