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Magella Potvin Ph. D., philosophe, psychologue et théologien
Magella Potvin Ph. D., philosophe, psychologue et théologien

Sur la question de l’écologie

Carrefour des lecteurs
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Le Quotidien
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OPINION / J’ai déjà mentionné l’idée, antérieurement, que la mère de l’écologie, c’était la pauvreté. Dans Les Misérables, Victor Hugo en donnait une excellente définition bien longtemps avant même que le mot existe. « On ne sait pas tout ce que certains êtres faibles, qui ont vieilli dans le dénuement et l’honnêteté, savent tirer d’un sou. » Pauvre, on vit écologiquement ; riche, on pense écologiquement.

Par Magella Potvin Ph. D., philosophe, psychologue et théologien

L’écologie, en cette période de mondialisation, prend beaucoup de place dans les sociétés postmodernes sans pour autant que ses défenseurs, parfois détracteurs, en connaissent les fondements spirituels. Si les comportements de certains consommateurs en matière d’écologie sont parfois inconséquents, certains comportements d’écolos, les « verts » comme certains les nomment, sont parfois franchement ridicules.

Ce qu’il s’agit de mettre en place, ce sont des comportements responsables et durables sans sombrer dans le ridicule ; l’équilibre, toujours l’équilibre, quoi! Le Tao, c’est la loi du milieu, la loi divine comme l’enseigne la Bhâgavata Gita. Il ne faudrait pas qu’un ascétisme écologique se substitue à l’ascétisme religieux d’antan où, par exemple, il nous fallait être trois heures sans manger avant d’aller communier. Si ce que je dis, à savoir que l’écologie serait la nouvelle religion des sociétés riches, cela se pourrait bien. Peut‑être que l’écologie sera la religion, l’unique religion à s’imposer parce qu’elle touche la planète, sa survie.

L’écologie, on le sait, oriente son amour sur tout ce qui vit : mers, forêts, animaux, bref la planète entière, et ce, jusqu’à aimer au point de faire « revivre », par amour, ce qui, entendons-nous, n’avait initialement pas de vie, voire de vie humaine : détritus, canettes, verre, etc., alors qu’il n’y a pas si longtemps, on proclamait « aimez votre prochain ». Bref, l’amour concernait cet autre qui m’est proche et pourtant si différent.

Tout comme la mort nous touche personnellement, l’écologie nous rejoint individuellement, mais aussi collectivement. Plus de corps, plus d’existence, plus de planète, plus de vie. Toutes les formes de vie existantes partagent une relative vulnérabilité face à la mort, plus particulièrement face à la mort de la planète. L’écologie offre une potentialité de réponse à une unification du genre humain dans sa recherche à vouloir s’organiser sur une base universelle. La conférence mondiale de Paris de décembre 2015, COP21, en témoigne.

Cependant, le discours écologique des sociétés riches, parfois très fallacieux, a assurément moins d’emprise dans certaines régions du monde qui, pour la première fois, en se développant industriellement, peuvent accéder à certains biens que l’on juge, nous, citoyens des sociétés postmodernes, polluants. En attente depuis des décennies, sinon des millénaires, de combler certains besoins primaires, ils n’ont que faire de notre morale écologique s’apparentant au temps des croisades et de l’évangélisation des Amérindiens de la Nouvelle-France par les Jésuites. Seulement en Afrique, six cents millions de personnes n’ont pas l’électricité. À bien y penser, leur pauvreté extrême, leur mode de vie ont toujours été forcément plus qu’écologiques.

Croire à l’irréversibilité de leur dépendance à la consommation plus que démesurée est peut-être utopique. Il ne s’agit pas ici d’être idéaliste ni fataliste, mais d’être réaliste. Paraphrasant Rousseau, je dirais, certes nos sociétés postmodernes se sont débarrassées de l’esclavage, mais à bien y penser, c’est nous qui sommes rendus esclaves de notre dépendance à la consommation. La dépendance déresponsabilise ; c’est la liberté qui rend l’homme responsable, de conclure Rousseau. En conséquence, penser que la survie de la planète dépend d’une entente signée, même mondialement, laisse songeur. Une valeur doit s’incarner. D’ailleurs, toutes les philosophies, des valeurs du christianisme au marxisme, ont échoué. La possibilité de sauver la planète Terre en développant concrètement une écologie basée sur un développement durable dans toutes les sphères d’activités a autant de chances de réussir que l’irréversibilité de notre dépendance à la consommation, c’est-à-dire assez peu.

La Terre est notre demeure et écologie, du grec Eikos, signifie « maison ». Si l’ontologie porte sur l’interaction des humains entre eux, l’écologie, quant à elle, porte sur l’interaction de ces mêmes humains, mais avec leur milieu, leur maison qu’est la Terre. C’est une évidence, selon moi, que cet intérêt pour l’écologie est en lien avec la disparition, chez les biens nantis et les jeunes héritiers de nos sociétés postmodernes, de tous les subterfuges usuels concernant l’après-vie, voire la mort, notre mort inéluctable. Une mort inéluctable que la grande majorité des humains n’ont pas su intégrer à ce jour. L’ontologie se meurt parce que nous avons « tué » l’être en l’humain, la dimension spirituelle de son existence. Nous avons défié la science au détriment de l’âme en l’humain et par voie de conséquence de l’Âme de l’univers. Il semble bien que l’écologie, comme nouvelle détermination constitutive de l’humain, qui plus est un humain atrophié de son être, veuille s’imposer comme substitut à l’ontologie. Si je dis détermination constitutive, c’est parce que l’humain n’est pas une chose dans un monde de choses. Ce qui le fait être-humain, c’est son rapport au monde, être et chose. Le problème face à l’écologie n’est donc ni technologique ni éthique, mais ontologique. En conséquence, l’écologie n’a, à long terme, que peu de chances de s’imposer parce qu’elle aurait besoin de l’ontologie, soit l’exigence pour nos sociétés à tout mettre en place afin de reconquérir l’être en l’humain, voire l’essence qui le faisait être-humain.

L’écologie, comme religion du XXIe siècle, est peut-être une réponse planétaire symbolique, réponse contemporaine, tant recherchée de tout temps par tous les humains de toutes les cultures, à la quête d’immortalité. Dans cette perspective, je dirais que l’écologie serait une tentative de réponse cosmique à cette quête, en ce sens qu’elle vise à maintenir l’ordre du Cosmos, ce que le mot signifie. Dans un monde, monde hautement scientifique faut-il le rappeler, où les subterfuges pour esquiver la mort sont de plus en plus inopérants (résurrection, ciel, paradis, etc.), à tort ou à raison, le mythe d’immortalité devient de plus en plus oppressant. Or, tout mythe a ses rituels. Dans ce contexte, les bacs de récupération déposés hebdomadairement le long des rues m’apparaissent un rituel pour célébrer ce nouveau mythe d’immortalité en émergence avec l’écologie et où Internet est devenu la Bible des sociétés postmodernes. On ne peut ici qu’être en accord avec la position de Martin Heidegger quant à l’inefficacité symbolique de notre culture.

Selon moi, l’une des actions les plus bénéfiques en ce qui concerne l’environnement serait que la masse des gens de toutes les sociétés postmodernes, de même que ceux qui rêvent à le devenir, accède au même moment à une existence sage et mature vécue comme présence, c’est-à-dire le fait d’« être avec ce qui est » ici maintenant. Ainsi, la fuite, la sublimation, la compensation à l’angoisse existentielle ou angoisse de mort que constitue la consommation effrénée, pire ennemi de l’écologie, de l’humain et de la planète, réelle ou simplement espérée, dans tous les domaines de nos existences, diminueraient d’autant. L’actuelle pandémie nous démontre sans équivoque que ceux dont l’habitude est de sombrer démesurément dans la consommation de biens non essentiels en souffrent. Je ne parlerais pas ici d’accéder à une « simplicité volontaire préhistorique », mais plutôt de vivre en harmonie avec la Nature. Mais voilà! Que la masse des humains de la planète adhère en même temps à une telle philosophie de vie écologique me semble utopique. Une société, c’est une entité et une entité, ça n’a pas d’âme ni de conscience. Ça ne peut donc pas réfléchir, seuls ses membres le peuvent, chacun à son heure, jamais tous en même temps, assurément pas en démocratie. Tout comme la science, une société est sans conscience. L’écologie permettra, un tant soit peu, de se donner bonne conscience tout en procurant, voire en recréant, avec des rituels dérisoires et fallacieux, un pseudomythe d’immortalité face à notre mort personnelle incontournable et collective probable, mais ne sommes-nous pas là encore dans l’illusion ?

Je partage le point de vue de Claude Villeneuve à l’effet que la Terre peut certes nourrir dix milliards d’humains, mais absolument pas du genre de ceux qui l’habitent actuellement. Ce serait plutôt cinq milliards d’humains maximum qu’elle peut nourrir considérant leur façon insensée de l’exploiter.

Au plan cosmique, notre existence n’a aucune importance, mais il est impératif et urgent de lui donner un sens, soit le fait que nous appartenons au Cosmos, lequel mot signifie « ordre ». Il importe donc de passer d’une conscience anthropologique fortement égocentrique pour la grande majorité des humains à une conscience cosmocentrique, voire à ce néologisme que j’ai nommé cosmocratie.