«Ce marché est encore tout nouveau. Le Québec y fait figure de pionnier. Il y a encore beaucoup à apprendre pour tous les intervenants impliqués. I»

Soulagement pour le marché du carbone

OPINION / En début d'année, les résultats de la première vente aux enchères de l'année sur le marché du carbone ont suscité beaucoup de réactions négatives. En effet environ 10 % des unités mises en vente avaient trouvé preneurs avec pour résultat que le prix d'adjuration avait été le prix minimum établi par le gouvernement.
Suite à ces résultats, certains médias avaient annoncé que les émetteurs de GES désertaient le marché du carbone et certains intervenants prédisaient la fin du système de plafonnement et d'échanges Québec-Californie.
Dans ces mêmes pages, nous avions alors invité un peu tout le monde à prendre un pas de recul pour analyser la situation plus froidement en expliquant que ce marché repose sur une réglementation et qu'en conséquence l'atteinte de l'objectif de réduction québécois est assurée.
Nous avions alors pris soin de distinguer ce qui se passait en Californie de ce qui se passait au Québec même si ces deux marchés sont liés. En effet, la Californie devait défendre sa réglementation contre la chambre de commerce locale qui l'accusait d'imposer une taxe déguisée.
Depuis, l'État de Californie a remporté sa cause contre la chambre de commerce. Ainsi, comme prévu, les entreprises californiennes rassurées sur la pérennité du marché et confrontées à leur obligation de se conformer à la réglementation d'ici la fin de l'année sont revenues en masse sur le marché avec pour résultat que lors de la vente aux enchères du 16 mai dernier, on a vu toutes les unités mises en vente trouver preneur et ce à un prix supérieur au prix minimum décrété par le gouvernement.
Ces résultats ont été rendus publics cette semaine et ils montrent l'ampleur du retournement. En fait, les 75 millions d'unités mises en vente par le Québec et la Californie ont été vendues à un prix de 18,82 $ alors que le prix plancher était de 18,51 $. Le prix moyen offert par l'ensemble des enchérisseurs a été de 19,74 $. Il est, par ailleurs, fort intéressant que l'un des acheteurs voulait tellement les unités qu'il a offert 69,16 $ par unité pour ces dernières.
La hausse des prix a somme toute été plutôt modeste. Celle-ci devrait toutefois se poursuivre lors des deux prochaines ventes aux enchères qui auront lieu en août et en novembre. Entre temps, les oiseaux de malheur devront se trouver une autre cible alors qu'au gouvernement on respire mieux du fait que les entrées de fonds associées aux ventes aux enchères sont plus en ligne avec les prévisions.
Ce marché est encore tout nouveau. Le Québec y fait figure de pionnier. Il y a encore beaucoup à apprendre pour tous les intervenants impliqués. Il y aura encore des bas et des hauts avec de nombreux soubresauts. On sait par exemple que la chambre de commerce de la Californie a choisi de porter son combat en Cour suprême. Il en résultera de nouvelles incertitudes avec des conséquences prévisibles en termes de volatilité.
La marche est toutefois bien enclenchée. Malgré les Trump de ce monde, dans la lignée de l'accord de Paris, les gouvernements adoptent des objectifs ambitieux et presque partout le marché du carbone fait partie des outils considérés et mis en oeuvre pour les atteindre. Ça aura pris du temps, mais on avance.
Jean Nolet, économiste, Coop Carbone