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Sophie, la guerrière de la lumière

Carrefour des lecteurs
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Le Quotidien
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OPINION / Une année s’achève, une autre commence. Même si le monde est sur pause, les aiguilles de l’horloge se tortillent et semblent résonner plus fort maintenant que nous cessons de remplir les vides.

Par Sophie Bédard, Larouche

L’écho de l’âme fait peur pour plusieurs. Dans mon cas, j’y ai eu droit avant mon temps à cet écho avec le cancer. C’est quelque chose qui me faisait très mal au début. J’avais peur de ce monstre, certes, mais au-delà de cette menace, il y avait l’écho... un vide... la fin ?

Je vais vous expliquer comment j’ai vécu ce vide au début ; dans un monde qui, lui, n’était pas sur pause. Non, la pause si injuste, elle était juste pour moi. Qu’ai-je fait pour mériter ça ? Pourquoi ? Je suis si jeune mon Dieu…

L’écho, oui, c’était la peur de la vraie fin, la mort. J’aurais donné tout ce que j’ai pour revenir dans ma vie, mon quotidien dont je me plaignais quelques fois. Si j’avais su… j’étais si chanceuse au fond.

Chaque matin, le monde démarrait. Je regardais le monde démarrer et moi, je me sentais comme un enfant qui veut embarquer dans l’autobus, mais qui ne peut pas. J’aimerais tellement embarquer dans cet autobus, me disais-je chaque matin.

Puis là, le monde entier est venu rejoindre ma pause. Que c’est bizarre ! Même si ma pause était en pause depuis un moment, la vie n’avait pas arrêté. En fait, le temps n’arrête jamais. Le temps fait tic-tac, le souffle inspire, expire… Expire.

L’expiration est différente pour chacun de nous. Le nombre de tic-tac est compté pour chacun de nous.

De mon côté, l’écho n’y est plus puisqu’il s’est rempli de sens. Je comprends aujourd’hui que je n’étais pas sur pause, la pause n’existe pas. La vérité, c’est qu’aujourd’hui, je réalise que JAMAIS de toute ma vie, le temps ne m’a paru si précieux et rempli d’enseignements.

Depuis un moment, je suis devenue plus silencieuse, je me plais à appeler cela la paix intérieure. Je suis en guérison, une guérison profonde qui part du fond de l’âme. Je soigne la source ; ce qui m’a rendue malade. Ça fait mal, très mal, mais c’est un mal qui fait du bien. Vous savez, comme quand vous avez une douleur musculaire et que quelqu’un vous masse à l’endroit précis de la douleur. C’est douloureux, mais c’est un mal qui fait du bien.

L’autobus à bord duquel j’ai tant voulu embarquer ne roule plus. J’entends les passagers crier de jeter 2020 aux poubelles. Cela me bouleverse puisque je sais à quel point l’épreuve nous fait grandir. Est-ce possible de refuser de grandir ? N’est-ce pas ça le sens de la vie au fond ?

La vérité, c’est que nous n’apprenons pas dans la joie. C’est triste à dire, mais c’est dans l’adversité de la vie que nous évoluons. Ce qui rend la flamme si belle, c’est la noirceur. Ce qui la rend si réconfortante, c’est le froid. Ce qui la rend si utile, c’est la faim. Vous voudriez uniquement des jours de soleil ? Vous mourriez de soif.

De mon côté, j’ai remercié 2019 et je remercie 2020. Jamais je ne mettrai ces années aux poubelles. J’ai souffert comme jamais auparavant. J’ai touché un fond si profond que je travaille encore à refaire surface. J’ai pleuré, j’ai crié, j’ai hurlé, j’ai frappé à m’en blesser. J’ai perdu du poids, du sang, des amis, de la famille, des illusions, des morceaux de mon corps, mais JAMAIS je n’ai perdu mon temps. Je l’ai palpé dans les moindres secondes. Je le sais précieux maintenant. Et s’il est une chose que j’ai perdue au cours de ces deux dernières années, c’est la peur de la mort.

Je ne suis plus la même personne et je ne serai plus jamais la même. Au-delà du reflet de mon corps qui n’est plus le même dans le miroir, mes yeux sont la partie de moi qui a le plus changé.

Si je peux vous donner un conseil, c’est de ne jamais jeter une seule seconde de votre vie. Étreignez le malheur comme on se laisse guider par le courant d’une rivière. Les infortunes de la vie, lorsqu’elles sont utilisées positivement, nous permettent de retrouver la bonne route, VOTRE route.

Chaque souffle, chaque seconde, est un cadeau. Nous sommes sur cette terre pour apprendre, pour évoluer. Marchons sur cette ligne de temps empreinte d’enseignements et les rendez-vous futurs n’en seront que plus joyeux.

Bonne année 2021 !