Soignons mieux nos aînés

Cette lettre d’opinion est rédigée par François Paradis, président, et Linda Vaillant, directrice générale, de l’Association des pharmaciens des établissements de santé du Québec.

OPINION / La ministre responsable des Aînés et des Proches aidants vient de présenter son projet de transformation des services d’hébergement pour aînés, projet que nous saluons. Parmi les soins offerts à ces personnes vulnérables, la nécessité d’optimiser l’usage des médicaments se pose d’emblée.

Une étude récemment publiée dans la revue Family Practice et menée par des chercheurs de l’Université Laval et de l’Université de Limoges concluait que près d’un Québécois sur deux de 66 ans et plus, atteint d’une maladie chronique ou à risque d’en développer, prend au moins un médicament potentiellement inapproprié (MPI). Parmi ceux-ci se trouvent des benzodiazépines et des antidépresseurs utilisés contre l’anxiété. Par ailleurs, un sondage de l’Association des pharmaciens des établissements de santé du Québec (APES) a révélé que les aînés en CHSLD prennent en moyenne quatorze médicaments différents par jour – onze réguliers et trois au besoin. Or, le risque d’interaction médicamenteuse est de 100 pour cent chez les patients qui consomment dix médicaments et plus. Cela donne un aperçu des défis associés à l’usage des médicaments chez les aînés les plus vulnérables.

Les pharmaciens des établissements de santé sont au cœur d’expériences positives qui optimisent la médication des aînés en CHSLD. Le Projet d’évaluation de la personnalisation des soins infirmiers, médicaux et pharmaceutiques en soins de longue durée (PEPS), réalisé au CIUSSS de la Capitale-Nationale et mené sous l’égide du département de pharmacie, a donné lieu à des résultats probants. Le PEPS mise sur le plein exercice des compétences et l’expertise des professionnels. Ainsi, l’infirmière évalue les résidents, le médecin s’occupe des nouveaux diagnostics et des situations complexes, le pharmacien prescrit et effectue le suivi de la pharmacothérapie. Ce faisant, le PEPS contribue à éviter les chevauchements de tâches et optimise aussi le temps de travail des professionnels. En douze mois, ce projet a permis de réduire de moitié la proportion de résidents recevant dix médicaments et plus dans les CHSLD ciblés. Le nombre moyen de MPI a diminué de 30 pour cent. Le PEPS a permis d’améliorer le confort des résidents, la qualité des soins et la satisfaction des équipes à l’égard de leur travail.

Autre expérience : la démarche Optimisation des pratiques, des usages, des soins et des services – Antipsychotiques (OPUS – AP), qui vise à réduire l’usage ou à déprescrire, si possible, des antipsychotiques chez les patients hébergés en CHSLD ayant des symptômes de démence. Au-delà des antipsychotiques, la médication globale de tous les aînés hébergés devrait être évaluée périodiquement pour que seuls les médicaments requis soient administrés, et ce, à la dose optimale.

Pour une évaluation approfondie de la médication de tous les aînés à leur admission en CHSLD et sa révision deux fois l’an, environ huit heures de soins pharmaceutiques par patient, par année, sont nécessaires. Actuellement, une moyenne de 4,8 heures seulement est allouée et le tiers des CHSLD fonctionnent sans soins pharmaceutiques.

La clé pour dénouer cet enjeu réside dans l’ajout de postes de pharmaciens dans les milieux d’hébergement et de soins de longue durée et aux unités de soins aigus des hôpitaux.

Parallèlement, des efforts continus pour former et recruter ces professionnels constituent un investissement dans la qualité et l’efficacité des soins. Il en résultera des équipes interdisciplinaires solides, au sein desquels le rôle de chacun sera bien défini et où les médicaments pourront être employés à meilleur escient. Soignons mieux; il en va de l’intérêt des patients !