Séduction et électoralisme?

OPINION / La brique que constitue le projet de loi 61 sur l’accélération du Programme québécois des infrastructures (PIQ) déposé par le gouvernement pour soutenir l’économie en temps de pandémie n’est pas acceptable. En fait, ce qui n’est pas acceptable est l’adoption d’un projet de loi «bulldozer» alors que la session parlementaire prend fin. C’est un véritable soufflet à notre démocratie. Et cela ne pourra faire autrement que de finir par un bâillon auquel nous a habitués le gouvernement Legault depuis sa prise du pouvoir.

Le projet de loi 61 est inacceptable parce qu’il suspend des règles d’attribution de contrats publics, allège, si nécessaire, des mesures d’accélération d’expropriations, accélère les consultations populaires sur l’environnement. L’occasion d’exception que constitue la COVID-19 sera belle pour le ministre de l’Environnement pour passer à la trappe le BAPE sur le projet GNL et passer aux choses sérieuses. De plus, n’oublions jamais que le diable se cache où vous savez.

Chez nous, la ministre Laforest, dont le mandat imminent est de se montrer rassurante, affirme que les conditions environnementales seront respectées. «On ne changera pas nos façons de faire. Au niveau de la faune, tous les règlements seront respectés.» Alors que le gouvernement, dans lequel elle officie, parle de se donner un pouvoir très large pour contourner toutes sortes de règles. Notamment, un pouvoir illimité d’ignorer les règles environnementales et la loi sur les espèces menacées. Il va donc falloir demeurer vigilants et écouter les oppositions à l’Assemblée nationale.

Par ailleurs, si la reconstruction du pont Mercier, les prolongements du métro et du Réseau électrique métropolitain du transport collectif sont bons pour Montréal, pourquoi n’en serait-il pas de même pour le prolongement et, enfin, la terminaison de l’autoroute de l’Aluminium. Si j’ai bonne mémoire, ce projet fut annoncé par un gouvernement péquiste sortant en 1985; 35 ans d’avancement à coup de bouts de route. Ce lien entre nos deux sous-régions n’est toujours pas terminé. Eille! Ici, la patience est une vertu cardinale. M’a-t-dire!

Les Montréalais paient les mêmes taxes et impôts que nous, les régionaux, qui n’ont pas la même reconnaissance quand vient le moment d’une décision éminemment politique. Les régions du Québec sont acquises à la CAQ, mais Montréal a voté massivement contre elle en 2018. La CAQ a très bien compris que la vengeance est un plat qui se mange froid. Et que qui aime bien châtie bien.

Bref, pour avoir supporté la CAQ comme il l’a fait en 2018, le Saguenay-Lac-Saint-Jean aurait mérité beaucoup mieux. D’autant plus que, concernant le bout d’autoroute qui reste à construire, les règles d’expropriation, les lois sur l’environnement, les lois découlant la Commission Charbonneau contre la collusion dans l’attribution des contrats publics, etc., tout est déjà réglo.

Marcel Lapointe

Jonquière

ACCÉLÉRER EN TOUTE INTÉGRITÉ ET EN QUALITÉ

Le gouvernement vient d’annoncer son intention d’accélérer la conception et la réalisation de plusieurs projets d’infrastructures majeurs, notamment dans le domaine des transports. Cette décision vise à anticiper « la pire récession de l’économie mondiale depuis la Deuxième Guerre », tel que le soulignait le ministre des Finances plus tôt cette semaine.

Pour l’Ordre des ingénieurs du Québec, le choix d’accélérer de tels projets nécessite de mettre en place, au même moment, les conditions de succès permettant d’assurer la protection du public dans ce nouveau contexte.

La première condition est de privilégier la qualité dans l’octroi des contrats. C’est la meilleure façon de garantir à la fois la pérennité des ouvrages et que les milliards de dollars qui seront accordés en contrats publics deviennent aussi des outils pour favoriser le développement des compétences, le développement économique, l’innovation et le développement durable. À cet effet, la volonté annoncée par le Président du Conseil du trésor de revoir la règle du plus bas soumissionnaire est bienvenue.

Cette condition en entraîne une autre, celle de l’instauration de meilleurs contrôles dans la conception et la réalisation des infrastructures. À cet égard, les recommandations de la Vérificatrice générale sont limpides : l’expertise des ingénieurs au sein du gouvernement du Québec est déterminante pour mieux anticiper les travaux et les coûts qui y sont associés. La surveillance des travaux est tout aussi déterminante puisqu’elle permet de rectifier à la source des défauts qu’il est coûteux de corriger par la suite. Les actions à court terme, destinées à soutenir notre économie, seront ainsi bénéfiques à long terme pour la pérennité de nos infrastructures.

Enfin, une autre condition essentielle est de protéger adéquatement les lanceurs d’alerte, dont l’importance a été reconnue maintes fois dans les dernières années. Il est probable que l’accélération des travaux amènera des questions sur le plan de l’éthique alors que nous devons maintenir la tolérance zéro envers la collusion et la corruption.

La protection des lanceurs d’alerte doit s’actualiser, s’incarner dans des mesures concrètes : il faut que les signalements puissent se faire selon un processus approprié à la fois rigoureux et confidentiel, qu’on y consacre les ressources adéquates et surtout, qu’on offre toute la protection requise pour celles et ceux qui dénoncent.

La commission Charbonneau a fait le constat d’un système qui a failli. Si les travaux de cette commission ont été utiles, c’est le moment ou jamais d’en faire la démonstration.

Les ingénieurs prêts à faire leur part

Les ingénieurs font leur part depuis le début de la pandémie. Certains ont contribué à développer du matériel de protection, du matériel médical ou encore des produits de désinfection, alors que plusieurs autres se sont porté volontaires auprès du réseau de la santé.

Maintenant, les ingénieurs vont participer à la reprise de l’économie et au bien-être de leurs concitoyens. Et leur ordre professionnel sera encore là pour les soutenir.

Dans les prochaines semaines, l’Ordre des ingénieurs du Québec sensibilisera ses membres à l’offre de formation disponible, notamment sur les meilleures pratiques en matière d’intégrité. Nous comptons sur nos membres pour que, durant cette période où certaines règles seront assouplies, la préoccupation constante envers l’intégrité, l’éthique et la qualité demeure une absolue priorité.

L’Ordre offrira également le soutien d’une équipe professionnelle, capable de répondre aux interrogations de ses membres en de très courts délais. Ceux-ci pourront signaler toute situation qui leur semblera s’écarter des bonnes pratiques en matière d’éthique et de déontologie à l’aide de notre ligne 1-877-ÉTHIQUE, un service téléphonique confidentiel.

Enfin l’Ordre entreprendra, tel que prévu, son grand chantier sur la révision du code de déontologie de la profession. Cette grande discussion avec nos membres et nos partenaires saura maintenir la préoccupation éthique à l’ordre du jour non seulement pour la profession, mais pour l’ensemble des acteurs qui gravitent autour de la profession.

Préserver les bonnes pratiques

Accélérer les travaux tout en préservant les bonnes pratiques et l’intégrité : voilà probablement l’innovation principale à laquelle nos concitoyens s’attendent.

À l’instar de ses membres, l’Ordre des ingénieurs du Québec se porte volontaire pour partager son expérience avec les instances gouvernementales et contribuer à établir un cadre de référence favorisant les meilleures pratiques dans ce nouveau contexte.

Kathy Baig, ing., MBA, FIC

Présidente de l’Ordre des ingénieurs du Québec