Se recueillir

OPINION / Le 31 janvier 2017 à 6 h 45, j’arrivai au terminus Orléans de ma ville afin de prendre un autobus qui me mena à Québec. Ensuite je poursuivis ma route jusqu’à Montmagny, où j’allais présenter un spectacle-conférence sur Félix Leclerc.

Les deux jours précédents, j’étais tellement investi à répéter mes textes et ceux de chansons de Félix que j’avais complètement boudé ma télé et mon ordi. Alors, le 31 au matin, j’arrivai le cœur en joie au terminus et je vis en première page de tous les journaux, qui se trouvaient là, des photos d’une vigile de la veille tenue à Québec où des gens rendaient hommage aux victimes de l’attentat du 29 janvier. Et donc c’est à ce moment que j’appris cette terrible nouvelle. Un jeune Québécois de 27 ans avait ouvert le feu sur des musulmans à la Mosquée de Québec. Bon vous connaissez la suite. 

En apprenant cette tragédie, je pris un air sombre et ma joie se transforma en une peine incommensurable. Je me sentis presque coupable d’apprendre la nouvelle après tout le monde. Mais bon, je me raisonnai et je repris le dessus. En arrivant au terminus de Québec, la vie semblait s’y poursuivre comme d’habitude, mais au petit resto de la place où je pris déjeuner, avant d’embarquer dans l’autobus me menant à Montmagny, les gens ne parlaient que de la fusillade du 29. On essayait de comprendre comment et pourquoi un tel événement avait bien pu se produire. 

Lors la présentation de mon spectacle-conférence à Montmagny, j’improvisai un passage au sujet de l’attentat de Québec en hommage aux victimes, avant de réciter le texte de chanson de Félix, La danse la moins jolie. Il y est question de guerre et d’intolérance. En voici quelques lignes : « La danse la moins jolie/Qu’on danse dans tous les pays/C’est la danse des fusils/Qui fait la nuit ! »

Le lundi 29 janvier 2018 en soirée se tiendra à Québec un rassemblement de solidarité pour souligner le triste anniversaire de l’attentat, de cette tuerie qui ôta la vie à des musulmans, des Québécois au même titre que vous et moi. Des êtres humains qui ne demandaient qu’à vivre en harmonie avec leur nouvelle terre d’adoption. Et si les larmes me viennent en écrivant ces mots, sachez que je garde espoir en un monde meilleur où le mépris, l’indifférence et l’intolérance seront un jour rayé de la carte. 

Si vous ne pouvez vous rendre à Québec pour ce grand rassemblement en hommage aux victimes, je vous invite à allumer une chandelle ce soir-là. Peu importe où je serai lundi soir, je le ferai afin de me recueillir. 

Yvan Giguère

Saguenay