Sauvons nos journaux régionaux

OPINION / On ne peut concevoir qu’une région dynamique comme la nôtre ne puisse s’offrir une diversité d’informations. On ne peut accepter de donner le contrôle de l’information écrite à un propriétaire unique comme Québecor, qui a brisé tous les records de convergence en jumelant ses activités de presse écrite avec ses médias télé et radio.

La ministre de la Culture et des Communications du gouvernement Legault, Nathalie Roy, ne semble pas convaincue du danger imminent de la fermeture des quotidiens de Groupe Capitales Médias, dont votre Quotidien régional. Son hésitation relève davantage de sa crainte de la réaction du propriétaire du groupe Québecor, Pierre Karl Péladeau, qui n’a pas manqué d’accuser le gouvernement libéral précédent d’avoir accordé un prêt gouvernemental de 10 M$ à GCM.

Elle a raison de le craindre parce que si tous les médias de Québecor se liguent contre le gouvernement de la CAQ, il n’est pas certain qu’on pourra envisager un second mandat. Et pourtant, M. Péladeau, qui a toujours prétendu ne jamais avoir reçu de somme des gouvernements, est sans doute le plus choyé par les aides publiques. Les propres rapports du Groupe TVA-SODEC indiquent qu’en 2016, ses journaux ont reçu 12,6 millions $ du Fonds du Canada pour les périodiques. Ses maisons d’édition ont obtenu plus d’un million en subvention en 2016-2017. On ne compte pas les sommes reçues de la Ville de Québec pour l’exploitation du Centre Vidéotron, qui a été construit avec des fonds publics pour la modique somme de 400 M$, dont 250 M$, on s’en souviendra, du gouvernement libéral du Québec. Sans doute peut-on contester certaines décisions des dirigeants du GCM ; personnellement, je crois qu’on a erré en mettant fin à la publication du Progrès-Dimanche et à entrer dans l’univers du numérique sans avoir en main tous les outils nécessaires à cette transformation de la presse papier. Quoi qu’il en soit, les gouvernements ne peuvent laisser une entreprise de presse régionale quitter l’espace médiatique sans songer au danger d’une prise de contrôle de l’information. C’est l’apanage des pays totalitaires de garder le peuple dans l’ignorance en manipulant l’information. Souhaitons que nous n’en soyons pas là et que le bon sens triomphe, parce que le danger est à nos portes ; la ministre doit s’en rendre compte.

Richard Banford

Ex-directeur d’information

Progrès-Dimanche et Quotidien

+ QUI POURRAIT SE PASSER DE SON QUOTIDIEN ?

De son horoscope du jour à ses petites bandes dessinées amusantes. Des fiches de sports, des arts et des informations diverses et quotidiennes... Qui n’a pas la curiosité d’ouvrir un journal laissé quelque part pour y jeter un oeil ? Par curiosité de s’ouvrir sur le monde et sur une liberté d’opinions et d’expressions régionales ?

S’il y a bien une chose d’ancrée dans la tradition, c’est le journal du matin. Un café et un journal, un cliché oui, mais un cliché que tout le monde aime par ici. De savoir que nos médias écrits avaient autant de mal à survivre me peine beaucoup. Pourtant, ce n’est pas une nouveauté face à la réalité moderne d’aujourd’hui. Combien de journalistes ont prédit la fin de la presse écrite et des livres? Et pourtant, ils survivent ! Ils sont de vraies sources d’information et ils sont ici pour la survie de la liberté d’expression de nos communautés. Ils sont une parole régionale.

Que l’opinion publique ait du mal à survivre me peine beaucoup. Car nos journaux sont une opinion majeure et une source importante d’informations sur le monde. Ne devrions-nous pas faire quelque chose pour sauver la liberté d’expression des journalistes, une liberté qui est ancrée dans nos communautés depuis si longtemps. Le Quotidien est un journal qui a levé le voile sur des scandales forts au Québec dans son histoire et qui mérite une place, qui mérite d’être sauvé par les gouvernements s’il le faut. Autrement que donne-t-on comme place à notre liberté d’expression?

Érick Tremblay Dionne

Saguenay

+ JOURNAUX EN PÉRIL

Mauvaise nouvelle, notre joyau régional, le journal Le Quotidien, ainsi que ceux de Groupe Capitales Médias sont en danger de disparaître. On ne dira jamais assez l’importance pour une démocratie d’avoir une variété de médias d’information menés par des professionnels qui, jour après jour, amènent la population à savoir ce qui se passe et d’avoir une réflexion sur des sujets brûlants. Quoi qu’on en dise, les journaux jouent un rôle de chien de garde de la démocratie qui empêche jusqu’à un certain point les dérives de tous genres. Évidemment, chaque journal a une identité à la couleur de ses actionnaires et c’est pour cela qu’une diversité de propriétaires est capitale. Les dernières rumeurs mentionnent que Pierre Karl Péladeau serait en pourparlers pour devenir un éventuel propriétaire. Si cela se concrétise, un danger se profile à l’horizon, bien que la sauvegarde des emplois au départ est une priorité indiscutable. L’hégémonie et la mainmise que M. Péladeau prendrait alors sur l’information au Québec poseraient un problème étant déjà propriétaire du Journal de Québec, du Journal de Montréal et de TVA.

M. Legault a pris ses responsabilités et a mentionné qu’il aiderait à la survie de ces médias, mais il devra faire attention d’amener l’information dans un seul et unique canal de diffusion. Je ne doute pas du professionnalisme général des journalistes, mais il ne faut pas se le cacher, celui qui signe les chèques de paie donne quand même l’orientation générale, que vous soyez fédéraliste ou indépendantiste. Nous ne pouvons nous permettre de perdre ces journaux. La question est à quel prix...

Jean-Marc Girard

Jonquière