Le ministre conservateur Denis Lebel.

S'atteler aux changements

Pour mettre fin à la dépendance économique du Québec dont le ministre conservateur Denis Lebel faisait état, dernièrement, dans cette tribune et dans laquelle il nous qualifiait ni plus ni moins de «bienheureux sociaux» du Canada, à cause des montants de péréquation que nous obtenons, je lui répondrai ici que c'est de l'indépendance politique dont le Québec a d'abord besoin pour pouvoir jouir de son plein épanouissement. Non seulement au plan économique mais aussi politique, culturel et social. Le fédéralisme canadien nous encarcane. À preuve, cette décision du gouvernement Harper de retirer le crédit d'impôt fédéral aux Québécois qui investissent dans les fonds de travailleurs. Le Fonds de solidarité de la FTQ et le Fonds de la CSN sont d'importants leviers économiques, en plus d'aider à nous ramasser de l'argent pour nos vieux jours.
Également dans cette tribune du Quotidien, le député néodémocrate de Chicoutimi-Le Fjord, Dany Morin, a tenté de faire comprendre que le désengagement de l'État fédéral concernant la science, la recherche et le développement, et j'ajouterai la protection de l'environnement, au profit d'une exploitation inconsidérée comme celle des sables bitumineux de l'Alberta allait, à plus ou moins brève échéance, mettre non seulement le Québec devant un mur mais également, le Canada tout entier. Argumentaire que je partage totalement.
Il y a plus. Depuis des années, la faiblesse du marché manufacturier dans l'Est du pays ne cesse de s'accentuer pendant qu'à l'Ouest, le marché des ressources naturelles, comme la potasse et le pétrole des sables bitumineux, est florissant. Ce déséquilibre économique à l'intérieur même de la fédération, nommé «Syndrome hollandais», a joué un rôle majeur dans le fait que d'importants montants de péréquation, au demeurant largement mérités, seront transférés au Québec. M. Lebel passe sous silence le fait qu'il n'y a pas que le Québec qui en arrache. L'Ontario, jadis province la plus riche au Canada, recevra une grosse part des millards de la péréquation. Cela malgré tout l'argent que le fédéral y a envoyé pour sauver l'industrie de l'automobile de la crise. Cet égard envers l'industrie forestière du Québec ne fut pas le même, M. Lebel devrait s'en souvenir, avant de nous dispenser ses conseils sur notre façon de pratiquer l'économie.
L'incohérence des propos du ministre trouve son point d'orgue lorsque qu'il écrit qu'il y a moyen d'exploiter nos ressources naturelles de façon responsable, selon des critères stricts et en renforçant la protection de l'environnement. De tels propos venant d'un ministre du gouvernement Harper sonnent faux. Faux, parce qu'à au moins deux occasions, sinon plus, lors de conférences internationnales sur le changement climatique à Copenhague et Varsovie, la communauté internationnale presqu'entièrement a qualifié le Canada de cancre de première ordre en matière de protection de l'environnement. Des fadaises venant d'écolos au cerveau embrouillé?
L'avenir que nous annoncent les changements climatiques nous dira qui a raison. Nous commençons seulement à les subir, selon les experts du GIEC, des «pelleteux de nuages» eux aussi, pour qui le point de non-retour a récemment été franchi. Il faut, maintenant, s'atteler à gérer le changement climatique. C'est la raison principale pour laquelle je ne voterai pas pour les conservateurs en 2015.
Blandine Lapointe-Brassard, Jonquière