Salut Réal !

OPINION / Le 18 mai, un grand homme nous a quittés. Un triste événement qui est passé presque inaperçu auprès de la population du Saguenay–Lac-Saint-Jean. Et pourtant, cet homme valait plus qu’un simple avis dans les pages nécrologiques. « Bâtisseur, industriel visionnaire, travailleur acharné foncièrement attaché à ses racines régionales, profondément croyant », voici ce qu’on pouvait lire de lui sur la page Web du salon funéraire. Tous ceux qui l’ont connu ne peuvent qu’entériner cet hommage qu’il mérite pleinement.

Il est d’une lignée de huit générations de commerçants, de cultivateurs, de navigateurs et d’entrepreneurs, peut-on lire dans le livre Les entrepreneurs Riverin, paru en 2006. Né en Touraine en 1664, le premier (Joseph) venu commercer à Chicoutimi, en 1684, devint un important banquier et armateur. Antoine, de la 3e génération, cultivateur-milicien et aussi entrepreneur en colonisation, fut l’un des 252 pétitionnaires, avec son fils nommé aussi Antoine, pour l’ouverture du Saguenay–Lac-Saint-Jean à la colonisation en 1829.

Le premier à s’établir à Chicoutimi, dans le rang Saint-Paul, en 1851, fut Jean (5e génération), comme cultivateur et transporteur de marchandises, et c’est son fils Johnny qui prit la relève de la terre familiale. Amorcée par la fondation de La Pulperie de Chicoutimi (1895-1930), l’ère industrielle prend son essor avec la construction de moulins à papier (1901-1926) et l’érection des premiers grands barrages hydroélectriques et de l’Alcan. Il n’en fallait pas plus pour que le fils de Johnny, Jean-Joseph, embarque dans l’aventure. En moins de 50 ans, Jean-Joseph fonde une demi-douzaine d’entreprises en construction telles Pic Construction ltée, Bétonnière d’Arvida ltée, Inter-Cité Construction ou Almamix.

Décédé en 1973, un de ses fils, Réal, prend la relève et continue magistralement l’œuvre de son père. Il érige quatre autres usines de béton, crée l’entreprise Tuvico, acquiert quelques autres entreprises au Québec et fonde le Groupe Riverin Maritime. Le Groupe Riverin, dont il a été le président pendant plus de 45 ans et dont le siège social est situé à Arvida, compte maintenant plus de 750 employés et possède plus de 24 places d’affaires de Montréal à Sept-Îles. Heureusement, son œuvre lui survivra, la relève étant assurée.

On érige des monuments pour moins que cela. Cet homme qui ne recherchait pas la notoriété a été, entre autres, un des partenaires importants de l’Orchestre symphonique du Saguenay–Lac-Saint-Jean pendant plus de 15 ans. Il s’est donné corps et âme à son entreprise. Il me fut de précieux conseil pendant plusieurs années de ma vie professionnelle, et c’est la raison pour laquelle je tenais à rendre hommage à ce géant ainsi qu’à tous les membres de sa famille qui l’ont soutenu pendant toutes ces années.

Salut, Réal Riverin.

Jacques Pelletier

Chicoutimi

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PAS UNE CARTE POSTALE

Il y a présentement un débat concernant le projet de GNL Québec pour l’implantation d’une usine de gaz liquéfié chez nous, au Saguenay. Beaucoup de gens contre ce projet se font entendre dans les différents médias, mais nous entendons peu ceux qui sont d’accord avec celui-ci. Pourquoi est-ce ainsi ? Pourquoi la majorité de la population régionale se tait-elle pour laisser toute la place aux opposants ?

Nous entendons beaucoup de gens de l’extérieur de la région, des gens vivant dans les grands centres urbains de la province, critiquer ce projet haut et fort. Qu’est la région du Saguenay–Lac-Saint-Jean pour eux ? À Montréal et dans les grands centres, les régions ressources sont vues comme des lieux de villégiature, des réserves naturelles que l’on visite au gré des vacances et aussi, pour certains, pour visiter les parents qui y sont demeurés pendant que ceux-ci sont partis « en ville », en quête d’un emploi.

Demandez par sondage s’il faut mettre une cloche de verre sur le fjord ou permettre des projets et des emplois de qualité... Notre région n’est pas une carte postale ou un décor de cinéma, servant uniquement pour les vacances des gens de l’extérieur. Il y a aussi des hommes et des femmes qui y vivent et qui espèrent que des projets de ce genre prennent enfin vie, après plusieurs années d’attente. Notre population est stagnante, voire en chute libre, en plus d’être vieillissante. Et cela, depuis très longtemps. Historiquement, le développement économique de notre région a été basé uniquement sur une activité économique prédominante, l’aluminium. Il serait temps qu’elle se diversifie pour qu’enfin, tous aient envie d’y vivre et d’y prospérer. Et ceci concerne la population de notre région.

Et nous, les citoyens des « régions ressources éloignées des grands centres », serons-nous appelés à nous prononcer sur les grands projets de Montréal pour lesquels nous payons des taxes et des impôts, comme le prolongement du métro ou les projets routiers porteurs de pollution ? Avons-nous été consultés dans le projet du REM ? Pour celui du pont Champlain et la préservation des écosystèmes du fleuve Saint-Laurent à cet endroit ?

Soyons vigilants et intelligents dans notre approche des grands projets dans la région, parce que oui, nous devons préserver la qualité de vie de notre belle région, ses grands espaces, qui sont de toute beauté et qui font notre renommée mondiale. Mais de grâce, n’ouvrons pas la porte aux diktats des « grands penseurs » qui prétendent connaître et défendre nos intérêts.

De plus, le projet de GNL Québec vise à exporter du gaz naturel dans des pays où le charbon et le pétrole prennent beaucoup de place et nuisent au climat mondial. Non pas à alimenter le Québec, même si, comme on le voit pour la Côte-Nord, le Québec a aussi besoin de gaz naturel. Si le Québec a encore besoin de gaz naturel malgré sa richesse hydraulique, comment prétendre sérieusement que la Chine ou l’Inde peuvent se passer à court terme du gaz naturel ? Comment prétendre que si on empêche ce projet de se réaliser, aucune autre entreprise ailleurs dans le monde ne cherchera pas à combler leurs besoins avec un moins bon projet ? Comment peut-on, sachant cela, s’opposer au projet Énergie Saguenay, qui vise à envoyer du gaz naturel en Asie pour remplacer du charbon ? N’est-ce pas incohérent ? La population régionale qui est en faveur de ce projet devrait faire entendre sa voix.

Isabelle Tremblay

Saguenay