Sale temps pour les démocraties

OPINION / L’année 2018 n’augure rien de bon pour les régimes démocratiques et pour l’idée même de représentation politique : les États-Unis sont gouvernés par une star médiatique qui a parasité leur système politique et s’emploie à le discréditer; les démocraties européennes sont menacées par l’extrême-droite ou par les tensions centrifuges; les dictatures fleurissent tandis que les pays qui émergent sont dirigés par des régimes autoritaires; et, plus globalement, les électeurs font de moins en moins confiance aux élites traditionnelles pour les représenter.

Ce que nous vivons actuellement est une crise de la représentation politique, plusieurs citoyens ayant cessé de croire que les élites qui gouvernent les régimes démocratiques les représentent vraiment et ont à cœur la véritable défense de leurs intérêts. 

Cette crise procède de plusieurs facteurs : la création d’Internet et des réseaux sociaux, qui a libéré un certain discours rageur et même haineux et permis la multiplication des fake news; la critique incessante des médias, traditionnels ou autres et partisans ou non, à l’endroit de la classe politique, globalement présentée comme jouisseuse, incompétente et corrompue; le martèlement incessant par la gauche du discours contre les inégalités sociales et par la droite de celui contre l’État interventionniste; et un certain désenchantement envers les régimes démocratiques, qui après des promesses de lendemains qui chantent suite à l’écroulement du bloc soviétique vers 1990, n’ont pas visiblement réduit les inégalités et réglé les problèmes de fonctionnement de l’État.

La question de la représentation politique ne date pas d’hier. Les partisans de la démocratie directe, souvent influencés par les écrits de Jean-Jacques Rousseau, ne croient pas que des élus puissent représenter le peuple et prônent une démocratie directe assortie de divers mécanismes de rotation des responsabilités, comme dans l’Athènes antique. Mais outre le fait que cette dernière ne concernait que les mâles nés de père et de mère athéniens (moins de 10 % de la population), les tentatives pour mettre en place des démocraties participatives ont toutes lamentablement échoué. 

La gauche marxiste a cru pouvoir contourner ce problème en faisant du Parti l’avant-garde éclairée du peuple, qui gouvernerait dans son intérêt et en son nom. Les innombrables victimes des régimes concentrationnaires auxquels cette vision politique a donné naissance pourraient témoigner de son ineptie.

Concrètement, cela signifie que la plupart des régimes démocratiques sont actuellement menacés et risquent d’être écartés ou détournés. 

Trois formes

Cette menace prend trois formes : d’abord, l’utopie rousseauiste de la démocratie directe ou léniniste de la symbiose entre le peuple et une avant-garde éclairée, qui séduit toujours, mais qui débouche fatalement sur la dictature d’un groupe ou d’un parti; en second lieu, la prise du pouvoir, à la suite de graves tensions politiques et possiblement même d’une guerre civile, par un mouvement qui vise à rétablir l’ordre par la mise en place d’un pouvoir autoritaire, personnel ou oligarchique, un péril toujours présent; et enfin, le populisme, un individu qui s’adresse au peuple par-dessus les élites traditionnelles réussissant à convaincre les électeurs de l’élire, ce qui peut mener à des dérives néfastes. 

Ces trois potentialités, dont existent des exemples actuels ou historiques, comportent de graves dangers pour nos droits et libertés.

La démocratie représentative, la seule qui ait fonctionné jusqu’ici malgré ses vicissitudes, repose sur la capacité des élites qui gouvernent à convaincre les citoyens que le régime fonctionne en leur faveur et que les élus les représentent véritablement. 

Cette capacité gîte dangereusement. Il faut impérativement la rétablir pour redonner de la vigueur à l’idée même de démocratie et préserver les droits acquis par les citoyens au moyen de luttes séculaires remontant au Moyen Âge. 

Tous, des citoyens aux élus en passant par la gent médiatique, doivent aujourd’hui se regarder dans le miroir et se demander ce qu’ils peuvent faire pour rétablir la confiance générale dans nos institutions. Demain, ce pourrait être trop tard.

Marc Simard

Québec