L'église Fatima se rapproche de la démolition. Le ministère de la Culture et des Communications suit le dossier de près. De son côté, l'organisme sans but lucratif Docomomo qui veille à la sauvegarde du patrimoine juge qu'il est trop tard.

Saguenay doit protéger son patrimoine architectural

Chaque ville a sa personnalité, son histoire, sa culture, ses références. Saguenay n'y fait pas exception avec ses trois arrondissements et ses nombreux secteurs, tous différents les uns des autres.
Le risque d'uniformiser la ville est toutefois bien présent. L'annonce de la démolition de l'église Notre-Dame-de-Fatima à Jonquière est un des éléments de cette perte d'identité qui guette nos quartiers.
Cette église est une oeuvre phare de l'architecture moderne au Québec ainsi que du travail de l'architecte Paul-Marie Côté, originaire de Chicoutimi. Plus précisément, l'architecture novatrice, pour l'époque, de Notre-Dame-de-Fatima représente la concrétisation des idées issues du renouveau liturgique Concile Vatican II, dans les années 1960. L'esthétique du bâtiment s'explique donc par cet évènement, en plus de mettre de l'avant des matériaux nouveaux.
Plus modestes que les églises anciennes, les églises modernes peuvent laisser certains perplexes. Pourtant, ces bâtiments ont une valeur majeure pour la culture architecturale, en plus de représenter des prouesses technologiques pour leur époque. L'église Notre-Dame-de-Fatima, avec l'image de sa silhouette conique bien ancrée dans la mémoire collective, est donc un symbole pour les Saguenéennes et les Saguenéens et leur patrimoine architectural.
En plus de faire fi du statut patrimonial de cette église unique et de son site, l'administration de Saguenay montre un manque de vision dans la protection de son patrimoine ainsi que dans le développement d'une vie citadine agréable en permettant la destruction de Notre-Dame-de-Fatima. Sa revalorisation aurait en effet pu créer un pôle communautaire dans le quartier.
Connaissant l'attachement du maire Jean Tremblay pour la religion, cette inaction quant au patrimoine religieux est étonnante.
Il est vrai que des consultations citoyennes ont eu lieu, mais ce n'est pas suffisant. La Ville doit avoir du leadership et proposer un projet structurant pour la transformation de l'église. C'est elle qui a les ressources financières et humaines pour le faire et c'est sur une proposition de projet que les consultations auraient dû avoir lieu.
Par ailleurs, en tant qu'étudiantes et étudiants originaires de Saguenay, mais habitant à l'extérieur de manière temporaire, nous n'avons pas eu accès aux dernières instances de consultation qui ont eu lieu cette année. En plus, aucun effort n'a été fait pour solliciter la participation des jeunes, qui étaient au secondaire, voire au primaire quand les premiers débats entourant l'église ont eu lieu. Pourtant, qui profitera le plus longtemps de la préservation du patrimoine que les jeunes?
Par ailleurs, cette volonté de détruire le patrimoine s'inscrit dans un manque de vision globale en terme de développement. Depuis la fusion en 2002, on a pu constater que malgré la devise: «Le citoyen d'abord», c'est plutôt: «L'argent des permis d'abord, on va s'arranger avec ce qui arrive après». En effet, la Ville octroie des permis sans se soucier de l'impact que ces derniers ont dans le portrait global de Saguenay... Comme le permis de détruire un joyau architectural local.
À nos concitoyennes et à nos concitoyens, nous disons: bloquons par tous les moyens possibles la démolition de l'église Notre-Dame-de-Fatima; développons nos quartiers en étant soucieux de leur histoire et de la mémoire de ceux qui les habitent; préférons la revalorisation à la reconstruction.
Créons une ville pour les Saguenéennes et les Saguenéens.
Francis Therrien
Arvida, bacc. en communication politique et société à l'UQAM
Jonathan Lévesque
Chicoutimi-Nord, maîtrise en architecture à l'Université Laval
Michel Asselin
Jonquière, bacc. en architecture à l'Université Laval
Justine Achard
Jonquière, bacc. en architecture à l'Université de Montréal étudiante en génie de la construction à l'ÉTS
Catherine Bouchard
Jonquière, maîtrise en architecture à l'Université Laval
Laura Boivin-Wisniewski
Jonquière, bacc. en biologie à l'Université de Montréal
Alicia Dufour
Jonquière, bacc. en science politique à l'UQAM
Julie Durand
Jonquière, bacc. multidisciplinaire concentration gestion des ressources humaines à l'UQAM
François Gravel
Lac-Kénogami, bacc. en gestion et commerce de la mode à l'UQAM
Jimmy Laberge
Chicoutimi, bacc. en communication à l'Université Laval
Olivier Lalancette
Chicoutimi-Nord, maîtrise en architecture à l'Université Laval
Raphaël Lapierre
Kénogami, bacc. en sociologie à l'Université Laval
Alexandre Lavoie
Chicoutimi, dec en technologie de l'architecture au Cégep de Chicoutimi
Andréanne Lespérance
Chicoutimi-Nord, bacc. en relations publiques à l'Université Laval
Arnaud-Devaux Martel
Arvida, bacc. en politique et philosophie à l'Université de Montréal
Marie-Ève Mercier
Arvida, bacc. en architecture à l'Université Laval
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