Les derniers jours n’ont pas été faciles pour les agriculteurs des Prairies canadiennes, comme le constate le fermier David Reid dans son champ de blé, à Cremona, en Alberta. Certaines régions de cette province ont reçu jusqu’à 60 centimètres de neige depuis vendredi.

Rendre à la région ce qui lui doit

OPINION / Le fameux projet de GNL Québec, qui consiste à construire une usine de liquéfaction et un terminal maritime et ainsi transporter des marchandises sur la rivière Saguenay, est en train de générer une controverse partout dans la province à cause de son impact environnemental. En effet, ce projet ferait augmenter les émissions de gaz à effet de serre et pourrait avoir des impacts négatifs sur les bélugas dans le fjord.

Les retombées économiques seraient cependant formidables. Assez pour justifier la mise en branle du projet. Le Saguenay-Lac-Saint-Jean a eu une piètre performance économique dans les années passées. Selon un rapport du gouvernement du Québec publié en 2018, l’indice de développement économique de la région a reculé, entre 2016 et 2018. Le PIB et le revenu par ménage ont crû à un des taux les plus faibles au Québec entre 2011 et 2016.

Il est donc clair que la région doit, si elle veut assurer son futur, stimuler son économie. La pérennité économique de la région est compromise. Nous allons devoir nous activer si nous ne voulons pas avoir la même destinée que les autres régions éloignées du Québec qui, malgré la splendeur de leurs paysages, sont en train de mourir tranquillement. Le Saguenay-Lac-Saint-Jean, après la Gaspésie, la Côte-Nord, l’Abitibi-Témiscamingue et le Bas-Saint-Laurent, est le prochain candidat au déclin. On nous lance une bouée de sauvetage et nous ne devrions pas nous gêner pour la saisir.

L’environnement est l’éléphant dans la pièce. Le réchauffement climatique causé par l’activité humaine est un fait indéniable. Ses impacts seront majeurs, surtout dans les pays en développement. Nous savons ce que nous devons faire afin de limiter ses impacts. Mais nous savons aussi que les efforts de quelques milliers, ou même millions, de personnes seront vains si les pays qui polluent le plus n’emboîtent pas le pas.

Considérant que le terminal de GNL Québec sera construit ailleurs s’il n’est pas construit ici, quelle est la différence que la région, avec une population de moins de 300 000 personnes, peut faire, comparativement à celle que la Chine et les États-Unis pourraient faire ?

Le Québec est déjà l’endroit en Amérique du Nord où les émissions de gaz à effet de serre sont les plus basses et, en comparaison au reste du monde, il se situe en fait entre le Danemark et la Norvège , deux endroits reconnus pour leur faible empreinte écologique. La province s’alimente en électricité d’une manière très respectueuse de l’environnement depuis des décennies et la région fait de sa principale activité économique la production de l’aluminium le plus vert au monde.

Le Québec et l’Ontario sont les seules provinces du Canada à avoir réduit leurs émissions de gaz à effet de serre entre 1990 et 2017. En mettant en place une bourse du carbone en 2013, le Québec a été l’un des premiers États en Amérique du Nord à se doter d’un des moyens les plus efficaces pour réduire les émissions de gaz à effet de serre.

La région peut se permettre d’aller de l’avant avec ce projet pour stimuler son économie. Pourquoi devrions-nous volontairement limiter notre développement économique quand l’Alberta, avec qui nous partageons un pays, extrait sans gêne l’énergie la plus polluante de la manière la plus polluante qui soit ? L’Alberta et la Saskatchewan ensemble sont responsables pour 50 % des émissions de gaz à effet de serre au pays même s’ils ne représentent que 15 % de la population.

La semaine passée, 500 000 personnes ont manifesté pour le climat à Montréal et partout en province – plus de cinq pour cent de la population du Québec. Rien de tel ne s’est passé dans les rues de Calgary.

Le Québec – et donc la région – est un leader mondial de la lutte contre les changements climatiques. Nous sommes individuellement des leaders en la matière. Nous devons continuer de l’être et continuer à nous fixer des objectifs ambitieux – et de les atteindre. Nous ne devons pas nous asseoir sur nos lauriers. Mais dans certains cas, comme dans celui de la prospérité de notre royaume, nous devons faire des choix.

Chrystophe Simard

Étudiant à la Faculté de gestion Desautels de l’Université McGill et éditeur pour la McGill Students Business Review