Je pense que le film permet de voir l'évolution de notre rapport à la pêche. Moi, je vise la neutralité. C'est difficile mais je pense que je m'en rapproche dans La Reine du sébaste et son Royaume.

Reine ou prédatrice? Reine!

En réponse au commentaire de Gilles Godin de Jonquière, publié dans Le Quotidien du 19 juillet.
Le débat que vous soulevez a occupé une bonne part de ma réflexion pendant la réalisation de ce documentaire sur la pêche blanche au Saguenay. Ma réponse sera forcément plus longue que votre question puisque vous soulevez plusieurs points fondamentaux. D'abord, comment me comporter face à une dame qui a pêché des milliers de poissons alors qu'aujourd'hui, la pêche est plutôt ordinaire? Je l'ai vu, tous les pêcheurs ont des sonars maintenant. Sans cet apport technologique, les poissons seraient encore plus rares. Les quotas qui diminuent témoignent de cette baisse. Alors, comment ai-je pu aborder ce sujet sans traiter de cette question? Vous dites que je fais la promotion d'un comportement irresponsable et irréfléchi. Là-dessus, je vous propose de réfléchir à ce point plus longuement. Je ne fais la promotion de rien ni de personne; je raconte des histoires. C'est ce que j'aime faire. Si je vous présentais le film, vous pourriez voir que je partage les sentiments et observations d'une vieille dame qui n'a plus la force d'exercer son activité favorite. Le tout croisé à d'autres histoires de pêche de Rivière-Éternité et de l'Anse-à-Benjamin.
Je pense avoir rencontré la meilleure pêcheuse de son temps. Elle avait tous les trucs, la technique, la patience. Elle aimait la pêche et respectait les limites. On pouvait sortir 25 poissons par jour à ce moment et les saisons étaient plus longues. Elle partageait sa pêche avec ses proches et amis. Elle en donnait à la soupe populaire à Port-Alfred. Personnellement, j'ai compris qu'elle pêchait selon époque, en harmonie avec la conscience environnementale de son temps. À ce moment, je me rappelle, j'étais tout jeune, on commençait à peine à ne plus jeter les déchets un peu partout. L'habitude vient de se prendre et presque tout le monde fait attention. Si la société n'avait pas approuvé sa pêche, elle n'aurait pas pu poursuivre dans cette voie. À la cabane de Mme Perron, il y avait foule : touristes, journalistes, amis, etc. On la voyait dans les journaux, les magazines, à la télé.
Remarquez que je ne me mets pas la tête dans le sable. Une bonne pêcheuse sort du poisson. Les photos que j'intègre au film en montre des dizaines sur le bord de la cabane. Le fait est là. Mais je ne veux pas commencer à pointer du doigt des individus. Je montre qu'avant, il n'y a vraiment pas si longtemps, c'était ça qui se passait. Ces histoires de pêche font partie de notre histoire, qu'on les voient positivement ou négativement. Je pense que le film permet de voir l'évolution de notre rapport à la pêche. Moi, je vise la neutralité. C'est difficile mais je pense que je m'en rapproche dans La Reine du sébaste et son Royaume.
Je comprends votre dénonciation. J'ai l'impression cependant que vous n'avez pas compris que mon regard témoigne du passé et du présent. Il montre le passé au présent. Vous, vous regardez le passé, en vous indignant avec vos valeurs du présent. Moi j'essaie de montrer comme nous avons changé. Sans le vouloir, ça montre le chemin parcouru, alors forcément la voie à suivre. Ça me touche plus que trouver un coupable.
Je ne cherchais pas de coupables quand je suis allé sur les glaces en 2011. Et j'ai rencontré une Reine.
Comme elle signerait, Sébastement vôtre,
Philippe Belley
Chicoutimi,