Redevance populaire

OPINION / La future montagne de résidus de bauxite de 30 mètres de haut du boisé Panoramique exposera les 20 000 personnes vivant tout autour aux multiples risques associés à un tel crassier, en exploitation jusqu’en 2047, qui sera un héritage permanent sur les rives du fjord. C’est chacun pour soi. Pour des raisons strictement économiques, Rio Tinto a choisi ce site au lieu d’un site en périphérie de la ville.

Maîtres chez nous, dites-vous ? Tous à genoux devant la compagnie Rio Tinto, le gouvernement, la municipalité et les syndicats ont mis la table à la réalisation de ce crassier au coeur de la ville ; au menu, pas de BAPE, un dézonage municipal expéditif et la menace de perte de 1000 emplois. Ainsi bien repu, et suite à l’historique et joyeuse visite des membres du conseil d’administration le 20 septembre 2019 au Saguenay-Lac-Saint-Jean, Rio Tinto décide de reporter indéfiniment l’expansion de l’usine AP60 et la réalisation de l’usine de billettes d’Alma. Projets significatifs pour la région, mais somme toute mineurs pour Rio Tinto, eu égard au contexte mondial et aux attentes d’investissements plus substantiels au Saguenay-Lac-Saint-Jean compte tenu des bénéfices que retire la compagnie du fait de sa présence dans notre région (analyse de M. Marc-Urbain Proulx, Ph. D., professeur au département des Sciences économiques et administratives à l’UQAC).

Cette attitude d’asservissement devant la toute-puissante compagnie se perpétue. La ministre Andrée Laforest suggère aux travailleurs de comparer leurs conditions de travail à celles des Chinois, dans un nouveau modèle d’affaires. 

Pour sa part, le ministre Pierre Fitzgibbon affirme « que c’est d’avoir du culot de blâmer Rio Tinto, ce bon citoyen québécois ».

Avec cette gestion au jour le jour, Rio Tinto démontre qu’il est au contraire un bien piètre citoyen québécois. De plus, en abandonnant ses projets, est-ce que Rio Tinto sonne le glas des grands projets pour Alma et Arvida que sont respectivement l’agrandissement de l’aluminerie et l’usine AP60 ? Hypothèse d’ailleurs soutenue par Marc-Urbain Proulx qui affirme que ces grands projets peuvent se réaliser ailleurs au Québec. Rio Tinto nous ferait ainsi manger l’éléphant une bouchée à la fois.

Maintenant que ces investissements sont abandonnés, Rio Tinto devrait, à tout le moins, en bon citoyen québécois, investir dans l’avenir de la région en déplaçant son futur site de disposition de résidus de bauxite en périphérie de la ville, assurant ainsi la sécurité et le bien-être de la population tout en préservant la forêt du boisé Panoramique, une beauté dans la ville. Redevance populaire légitime !

Nous laisserons-nous longtemps guider servilement par les décideurs de l’extérieur, même si ceux-ci sont Londoniens et si habiles dans le brouillard ?

Jean-Yves Langevin 

Chicoutimi