Qu’une telle tragédie ne se répète jamais

Ce texte a été écrit par Raynald Harvey, président de Segma Recherche, qui a réalisé plusieurs études sur la pratique récréotouristique de la motoneige au Québec.

OPINION / Le Québec, en tant que destination internationale de séjours d’aventure en motoneige, et le Saguenay–Lac-Saint-Jean, qui en est la principale région de pratique, doivent s’assurer que toute la lumière sera faite sur les causes du terrible drame de la semaine dernière afin qu’une telle tragédie ne se reproduise plus jamais. Et ce n’est pas les mesures annoncées à la hâte par le gouvernement qui vont nous le garantir.

Ce texte a été écrit par Raynald Harvey, président de Segma Recherche, qui a réalisé plusieurs études sur la pratique récréotouristique de la motoneige au Québec.

Il est tout simplement impensable que la majorité des membres d’un groupe de touristes guidé par un professionnel ait pu périr d’une manière aussi horrible. Il serait peut-être plus commode de classer rapidement cet événement comme un incident isolé provoqué par la témérité de l’un ou l’erreur d’orientation de l’autre, mais plusieurs détails sur les circonstances de cette tragédie, tels que rapportés dans les médias, laissent croire qu’il existe des lacunes fondamentales dans la manière dont nous encadrons les séjours d’aventure et plus largement la pratique de la motoneige en dehors des sentiers fédérés au Québec.

Dès le départ, s’engager sur un plan d’eau non balisé avec un groupe est une pratique proscrite. Quels étaient le niveau de formation du guide et le degré de professionnalisme de l’agence qui a organisé l’excursion ? Quelles normes de service étaient en vigueur, dont le ratio d’encadrement (nombre de motoneigistes par guide) ou les assurances en responsabilité civile ? Le groupe transportait-il les équipements de sécurité requis, dont une balise de localisation et de détresse ? Pourquoi a-t-il fallu plusieurs heures à la Sûreté du Québec pour atteindre le site de la tragédie qui se situe à quelques kilomètres seulement du centre-ville d’Alma ?

Location Haute Matawinie, qui a loué les motoneiges au groupe, affirme qu’une des conditions de la location est de ne pas quitter les sentiers balisés. Est-ce que les touristes en sont bien avisés ou s’agit-il d’une clause en très petits caractères dans le bas du contrat ? De toute façon, c’est jouer à l’autruche de penser que les gens qui louent des engins toujours plus performants ne vont pas sortir des sentiers balisés à l’occasion pour se ravitailler, aller jouer dans la poudreuse ou profiter d’un point de vue exceptionnel.

Après avoir mis en place un vaste réseau de sentiers très sécuritaires qui fait l’envie du monde entier, le Québec doit maintenant s’adapter au fait que les motoneigistes sont de plus en plus nombreux à en sortir pour s’aventurer en toute liberté à travers nos grands espaces à la recherche de sensations fortes.

Le ministère de la Sécurité publique doit demander au coroner en chef la tenue d’une enquête publique afin de faire toute la lumière sur les circonstances de ce drame et vérifier si nous offrons un encadrement sécuritaire pour les séjours d’aventure en motoneige que nous proposons à travers le monde par de coûteuses campagnes de marketing.

En 1997, une telle enquête déclenchée à la suite de la tragédie des Éboulements avait fait ressortir des lacunes insoupçonnées dans l’industrie des autocars nolisés, ce qui a entraîné une réforme majeure et nous a préservés de toute autre tragédie par la suite.

Nous devons également nous interroger sur la façon dont sont organisées les interventions de secours en milieu isolé, à partir des communications d’urgence jusqu’à la prise en charge des opérations puisqu’il est évident qu’avec la multiplication des adeptes en dehors des sentiers, des incidents plus ou moins graves un peu partout sur le territoire risquent de se multiplier à l’avenir.

La motoneige est le principal moteur touristique de notre région en période hivernale, les touristes à motoneige injectent chez nous plus de 70 millions chaque année. Elle est également un créneau touristique prioritaire pour tout le Québec.

Une enquête publique est essentielle pour faire en sorte que l’industrie respecte les meilleures pratiques, rassurer la population tout comme nos clientèles touristiques. Nous le devons aux familles des victimes qui n’ont sûrement jamais imaginé une seule seconde que leurs proches, passionnés d’aventure, reviendraient de leur séjour de rêve au Québec dans la soute à bagages.