Qui va se lever enfin?

OPINION/ Pendant qu’un spécialiste de Félix mène le combat contre la fumée du pot légal, la maison Bossé s’écrase sous le poids d’un énorme mur de fenêtres donnant sur le majestueux Saguenay. Un peu plus loin, les habitants de l’Anse-à-Pelletier s’entêtent à préserver un paysage exceptionnel, malgré le rejet d’un maire qui cherche par tous les moyens à épargner son beau village du déversement de ses égouts dans le Fjord.

Pendant ce temps, les soeurs du Bon-Conseil mettent en vente le domaine de Solidar. Elles tiennent au respect intégral du caractère agricole et biologique de leurs terres, mouillées des sueurs de celles qui les ont défrichées et entretenues.

La Maison Bossé, les paysages du Fjord et les terres bio des Soeurs du Bon-Conseil représentent les choix auxquels nous sommes confrontés : démolition d’une petite maison deux fois centenaire, radiation d’un privilège de quelques résidants et respect de l’écologie d’un lieu historique.

Quel politicien mettra ses culottes pour affirmer que cette petite maison symbolise une époque, mérite qu’on s’y attarde et qu’on prendra les moyens pour en faire un lieu de mémoire ? Quel politicien se lèvera pour dire que le paysage du Fjord est intouchable parce que, bientôt, il représentera un des seuls lieux qui n’aura pas subi la souillure du progrès déjanté que connaît notre planète. Un progrès qui s’appuie parfois sur des hypothèses incertaines, alambiquées de phrases savantes et préparées d’avance. Quel député, porteur de l’avenir du Québec, se lèvera pour applaudir au courage des soeurs du Bon-Conseil qui affirment haut et fort que l’agriculture biologique ne doit pas être laissée aux intérêts voraces de Pangea ? Qui aura ce courage de secouer les consciences et de parler de cette course perdue d’avance si nous ne bougeons pas ?

Qu’est-ce qui justifie qu’on puisse laisser libre passage, sans examen approfondi, à des entreprises minières ou gazières, qui promettent des milliers d’emplois, dans dix ans, « parce que le local deviendra international ». Quand la rareté de la main-d’oeuvre sévit à tous les niveaux.

Qui va enfin intervenir pour valoriser ce qui se fait localement, ce qui s’invente localement, ce qui encourage la collaboration de l’un à l’autre, d’une municipalité à l’autre. Là où chacun affirme son identité sans chicaner sur l’identité de l’autre.

Ça fait qu’au lieu de niaiser sur les odeurs du cannabis, il y aurait peut-être un travail à faire sur l’affirmation de notre identité francophone, sur la sauvegarde du patrimoine qui en est témoin et sur les atouts intouchables de notre belle région.

Rosaire Gagnon

Saint-Ambroise